Ibis

C’est bien pratique, les sans-papiers.

On comprend que certains patrons aient toujours défendu leur présence en France. C’est simple, ils sont parfaits. Prenez Fousseni et Alassane, par exemple, qui travaillant à l’Ibis de Bagnolet, converti en centre d’hébergement pour des personnes en situation de précarité depuis le début de la pandémie. Ils servent le petit déjeuner aux 800 résidents, nettoient, préparent les repas, surveillent le groupe, s’interposent en cas de bagarre et appellent les pompiers si une personne est malade (« Le Parisien », 23/7).

Fousseni et Alassane ont un petit côté « employé du mois ». Et pas gourmands, avec ça : depuis février, ils n’ont touché que 1 000 euros. Liquide, chèques, ils ne sont pas regardants, leurs camarades et eux.

Mille euros, c’est pour les petits veinards : d’autres ont obtenu à peine 5 euros. Bien sûr, ils ne possèdent pas de fiche de paie et, donc, aucune possibilité de se faire régulariser. Il faudrait pas exagérer non plus.

On leur avait promis initialement 9 euros l’heure. Royal. Évidemment, on est loin du compte. En 2021, on a modifié leur rémunération. Augmentation ? Vous n’y êtes pas. On les a passés à 8 euros.

Il y a cinq jours, les sans-papiers modèles se sont révoltés et mis en grève, ont parlé de prud’hommes. Ils ont fait comme leurs camarades femmes de chambre de l’Ibis des Batignolles, qui ont obtenu gain de cause après vingt-deux mois de lutte.

L’une d’elles, Rachel Keke, est devenue députée.

Interrogés sur leurs curieuses pratiques, les employeurs de Fousseni et Alassane ont farouchement nié avoir embauché des sans-papiers pour en faire des esclaves.

En voilà, une drôle d’idée. Pas du tout leur genre.


Article signé des initiales A.-S. M. Le Canard Enchainé. 27/07/2022


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