Borne coincée dans un coin de la tour Triangle ?

Fructueuse, la descente (à l’improviste) de juges et de gendarmes, le 20 juillet 2022, à la Mairie de Paris ?

En tout cas, roborative ! Les visiteurs, qui sont repartis avec des tombereaux de données informatiques, ont visité le bureau de la maire, celui de son directeur de cabinet, de la secrétaire générale de l’Hôtel de Ville, ainsi que ceux des directions juridique et de l’urbanisme.

Dans ce dernier, de 2008 à 2013, sévissait Elisabeth Borne, au moment même où Bertrand Delanoê cédait (sur toute la ligne) au promoteur Unibail pour la construction d’une tour de 42 étages porte de Versailles, à Paris. « Nous n’avons rien à cacher, assure un proche d’Anne Hidalgo. Cette histoire relève de l’archéologie. » Très charitable pour Bertrand Delanoê et Elisabeth Borne…

Révélée par « Le Canard » (15/7/15), cette affaire de la tour Triangle illustre les relations très spéciales qui unissaient le groupe immobilier et la Mairie de Paris.

Les enquêteurs du Parquet national financier (PNF) cherchent à comprendre pour quelles raisons la municipalité, à l’issue d’un invraisemblable jeu de bonneteau, a gracieusement accordé à Uni-bail la prolongation de son contrat d’exploitation du parc des expositions et, dans le même temps, à l’une de ses filiales (Viparis) la possibilité d’y ériger un immeuble de commerces et de bureaux.

Alertes négligées

L’opération est menée de manière extravagante, en deux temps.

  • Primo, la Ville verse à Unibail une indemnité de 263 millions d’euros sous le prétexte qu’elle aurait (en préambule) mis fin au contrat de concession du parc des expos.
  • Deuzio, elle fixe (coïncidence) à 263 millions cash le droit d’entrée pour exploiter le nouveau parc, comprenant la fameuse tour.

Un procédé qui tue la concurrence et, en mars 2020, pousse la chambre régionale des comptes à écrire : « La Ville de Paris a accepté de verser une indemnité de résiliation, alors que Viparis n’a pas démontré avoir subi un préjudice (…). Les études et travaux relatifs à la tour Triangle ont été financés irrégulièrement. » Pas possible !

Naturellement, les enquêteurs cherchent à identifier les auteurs de cette opération. La Direction des affaires juridiques et financières ? Dès avril 2010, celle-ci s’était bordée en prévenant la municipalité de « risques financiers et juridiques majeurs » inhérents à un tel stratagème — sans succès.

Les magistrats s’intéressent aussi au rôle de la Direction à l’urbanisme. Elisabeth Borne, son ancienne patronne, assurait au « Canard » (5/8/20) : «A l’époque où le choix du nouvel attributaire a été fait et où les conditions des nouveaux contrats ont été définies, j’avais quitté mes fonctions depuis plusieurs mois. » Il est vrai qu’elle est partie de l’Hôtel de Ville en février 2013, alors que, huit mois plus tard, Unibail obtenait sa concession.

Reste que toute l’instruction du dossier a été réalisée alors qu’elle était encore parisienne. Les magistrats du PNF, sur cette période, auront sans doute besoin de ses lumières.

Sans forcément la faire monter dans les tours…


Article signé des initiales D. H. Le Canard Enchainé 27/07/2022


Laisser un commentaire