Jamais content… dirons certains !

La « ristourne sur l’essence » une mesurette d’une part et socialement injuste d’autre part.

Le problème se pose pour le gouvernement depuis des semaines : comment aider les plus modestes à faire face à la flambée des prix à la pompe ?

Une première réponse a été apportée par le gouvernement dans le cadre de l’examen du projet de loi de finances rectificative (PLFR), censé parer à l’inflation d’ici à la fin 2022, adopté dans la nuit de mardi à mercredi à l’Assemblée nationale avant son examen au Sénat.

À la suite d’une négociation avec les député·es LR, la « ristourne » de 18 centimes d’euro par litre accordée depuis le 1er avril aux automobilistes va être augmentée pour passer à 30 centimes en septembre et en octobre 2022.

D’autre part les 3 700 stations de Total, a promis une réduction de 20 centimes par litre du 1er septembre au 1er novembre.

Mais difficile de comprendre comment cette mesure est censée aider les plus pauvres, frappés de plein fouet par la hausse du prix de l’essence.

Le Conseil d’analyse économique (CAE), groupe de réflexion qui conseille la première ministre, vient de sortir une note sur le sujet, le 21 juillet 2022.

En s’appuyant sur l’étude de 300 000 comptes bancaires, jusqu’à la fin du mois de juin, elle révèle que la crise énergétique touche – et c’est une évidence – les plus modestes.

Les plus aisés consomment le plus d’essence

Les quatre auteur·es – Étienne Fize, Philippe Martin, Hélène Paris et Marion Rault – écrivent : « Nous ne voyons pas à ce stade de dégradation très forte et généralisée de la situation financière des ménages du fait de la crise énergétique et du retour de l’inflation. Nous ne constatons pas en particulier d’augmentation récente de la part des ménages avec un compte courant négatif, même pour les ménages les plus modestes. »

Seulement, pour faire face, ces derniers ont dû toucher à leur surcroît d’épargne (déjà faible) cumulé pendant la crise sanitaire et doivent se serrer la ceinture, en sacrifiant un peu chaque poste de dépense. Contrairement aux plus aisés qui conservent cet argent mis de côté.

Les auteurs de l’étude proposent également un focus sur la consommation d’essence, confirmant des intuitions. « Ce sont les plus aisés qui consomment le plus. Cependant, la part de ces dépenses dans leur consommation totale est beaucoup plus faible, par construction puisqu’ils disposent d’un budget plus élevé. »

Ils expliquent même que cette ristourne de 0,18 centime, bientôt 0,30 centime, est une mesure « régressive » qui favorise les plus aisés.  

Les économistes calculent qu’elle a bénéficié, en euros, « davantage aux ménages les plus aisés, la subvention étant multipliée par deux entre les ménages du dixième décile et ceux du premier décile : environ 18,50 euros contre 9,50 euros ».

Le CAE dresse le profil des ménages particulièrement dépendants de l’essence (plus de 8 % de leur consommation totale) et financièrement contraints. Ils possèdent des revenus et des patrimoines financiers plus bas que la moyenne.

Ils sont plus souvent que la moyenne ouvriers et employés ; ruraux et périurbains ; jeunes, célibataires et avec moins, voire pas d’enfants. Sans compter qu’ils ne disposent d’aucune marge de manœuvre puisqu’ils peuvent difficilement renoncer à leur voiture.

Un aide au prorata des revenus serait plus juste

En réalité, le gouvernement plaidait en faveur du remplacement de cette réduction par une nouvelle indemnité carburant, réservée à celles et ceux qui sont obligé·es d’utiliser leur voiture pour aller travailler et versée sous condition de revenus. 11 millions de foyers devaient être concernés. Faute d’accord, la ristourne a été retenue. Une forme de statu quo, qui ne résout pas le problème sur le fond.

In fine, Jean-Charles Hourcade se veut réaliste et considère qu’on ne pourra pas régler les problèmes de justice sociale à travers la tarification de l’essence. La vraie manière serait de réduire les écarts de revenus et « d’avoir des bas revenus suffisamment élevés pour couvrir les besoins de base sans trop de crainte ».


Faïza Zerouala. Médiapart. Source (Extraits)


Une réflexion sur “Jamais content… dirons certains !

  1. bernarddominik 29/07/2022 / 09:15

    Cet article oublie de dire que les plus touchés par la hausse du prix des carburants sont les habitants des zones rurales et semi rurales où il n’y a pas de transports en communs. Les plus pauvres sont dans les banlieues des grandes villes avec transports gratuits et super marchés à proximité. Donc il serait temps d’arrêter ces raisonnements misérabilistes stupides. Les 300000 comptes examinés je n’y crois pas c’est du baratin. Il faut arrêter de dire que les gens classés aisés n’ont pas de problèmes financiers: le gouvernement oublie de dire que l’inflation l’arrange fortement la tva étant proportionnelle aux prix. D’ailleurs les parlementaires oublient de rétablir l’échelle mobile des salaires mais pas leurs indemnités

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