Ecolo toujours !

Pour réduire nos émissions de CO₂, le gouvernement lance l’opération sobriété.

Les magasins climatisés qui laissent ouvertes leurs portes d’entrée seront verbalisés, et les enseignes lumineuses devront scintiller moins longtemps.

Dans les années 2000, le ministre de l’Écologie de l’époque avait dit aux Français de ne pas laisser leurs appareils en veille pour diminuer leur consommation d’énergie. L’absurdité, c’est qu’au même moment apparaissaient des écrans publicitaires lumineux qui émettaient autant de chaleur qu’un radiateur électrique.

On écopait à la petite cuillère d’un côté et l’on continuait d’ouvrir les vannes de l’autre.

Les mesures du gouvernement pour atteindre la sobriété toucheront aussi les industries. Comment les grosses sociétés parviendront-elles à consommer moins sans réduire leur production et leur masse salariale ?

Du petit commerçant avec sa clim aux aciéries qui font fondre le métal avec des arcs électriques, tout le monde devra s’y mettre. Très vite va se poser le problème de l’égalité devant la réduction des gaz à effet de serre.

Faudra-t-il imposer aux classes moyennes les mêmes économies d’énergie qu’aux habitants des beaux quartiers ?

Un individu fortuné consomme probablement plus qu’un autre, car il en a les moyens en achetant des grosses bagnoles polluantes ou en circulant en jet privé. Mais, l’enjeu est de diminuer sur la planète tout ce qui, d’une manière ou d’une autre, produit des gaz à effet de serre.

Lors d’un reportage à la station d’épuration d’Achères, dans les Yvelines, on nous avait expliqué que, bien que la population parisienne ait augmenté ces dernières années, la quantité d’eaux usées était restée stable.

Comment ? Grâce aux machines à laver plus économes en eau ou aux chasses des chiottes avec petit réservoir, pour ne citer que ces exemples. Mises bout à bout, ces mesures apparemment dérisoires avaient eu un impact, puisque les rejets des eaux usées étaient restés stables, alors que le nombre d’habitants n’avait cessé d’augmenter.

Ces dispositifs économiques ne concernaient pas que les quartiers aisés, mais toute l’Île-de-France. Cela démontrait que les mesures écologiques ne sont pas toujours corrélées à une approche sociale.

En n’envisageant que de fermer les portes des magasins qui ont la clim, on commence par le plus facile. Quand il faudra réduire des types de consommation qui concernent toutes les classes sociales, les débats partiront en vrille.

Il est encore temps d’agir, nous bassine-t-on à longueur d’année.

Mais agir pour quoi ? Là est la question !


Éditorial de Riss du 27 juillet 2022. Charlie Hebdo Web. Source (Extraits)


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