Les gâteaux du dimanche

Des gâteaux séparés, bien sûr suivant les goût de la famille.

Une religieuse au café, un paris-brest, deux tartes aux fraises, un mille-feuille. À part pour un ou deux, on sait déjà à qui chacun est destiné mais quel sera celui-en-supplément-pour-les-gourmands ?

On égrène les noms sans hâte.

De l’autre côté du comptoir, la vendeuse, la pince à gâteaux à la main, plonge avec soumission vers vos désirs; elle ne manifeste même pas d’impatience quand elle doit changer de carton — le mille-feuille ne tient pas. C’est important ce carton plat, carré, aux bords arrondis, relevés. Il va constituer le socle solide d’un édifice fragile, au destin menacé.

— Ce sera tout!

Alors la vendeuse engloutit le carton plat dans une pyramide de papier rose, bientôt nouée d’un ruban brun. Pendant l’échange de monnaie, on tient le paquet par en dessous, mais dès la porte du magasin franchie, on le saisit par la ficelle, et on l’écarte un peu du corps.

C’est ainsi. Les gâteaux du dimanche sont à porter comme on tient un pendule.

Sourcier des rites minuscules, on avance sans arrogance, ni fausse modestie. Cette espèce de componction, de sérieux de roi mage, n’est-ce pas ridicule ?

Mais non. Si les trottoirs dominicaux ont goût de flânerie, la pyramide suspendue y est pour quelque chose — autant que çà et là quelques poireaux dépassant d’un cabas.

Paquet de gâteaux à la main, on a la silhouette du professeur Tournesol — celle qu’il faut pour saluer l’effervescence d’après messe et les bouffées de P.M.U., de café, de tabac.

Petits dimanches de famille, petits dimanches d’autrefois, petits dimanches d’aujourd’hui, le temps balance en ostensoir au bout d’une ficelle brune.

Un peu de crème pâtissière a fait juste une tache en haut de la religieuse au café.


Philippe Delerm


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