La Cour des comptes souffle sur la flamme olympique

Pour la médaille d’or de la sécurité de Paris 2024, c’est loin d’être gagné.

A deux ans — pile-poil — de la cérémonie d’ouverture, Macron a convoqué, le 25 juillet, la Première ministre, la ministre des Sports, son collègue de l’Intérieur, celui des Armées, plus, évidemment, Michel Cadot, le délégué interministériel aux JO, sans oublier le président du Comité d’organisation, Tony Estanguet.

Une reprise en main que l’Elysée a jugée indispensable après la lecture des 75 pages d’un relevé d’observation provisoire, confidentiel et alarmant de la Cour des comptes portant sur la sécurité. Constat sans appel : la France n’est pas prête.

Si elle a été décidée, en décembre 2021, après une année d’études, la prometteuse céré­monie d’ouverture prévue sur la Seine est loin de faire consensus. Le préfet de police de Paris la juge « incompatible » avec les menaces existantes, alors que le ministre de l’Intérieur, sans s’y opposer, réclame en appui le recours aux forces armées. Ces dernières ne seront pas de trop : il s’agit de sécuriser la présence de 600 000 spectateurs, de milliers d’athlètes et de centaines de VIP, sans compter une armada de 200 bateaux.

Mauvaise mise en Seine

Pour la Cour des comptes, ce «défi logistique et sécuritaire » comporte encore trop d’« incertitudes dans sa déclinaison opérationnelle ». Elle déplore l’absence d’une « évaluation précise des moyens à mettre en oeuvre et de leur coût ». Bref, la fiesta sur le fleuve ne s’annonce pas vraiment étanche…

La sécurité du « relais de la flamme » dans tout le pays paraît plus peinarde à assu­rer… si l’on oublie la rivalité flics-pandores. Un périple de quatre-vingts jours — 140 km quotidiens — est prévu, et, forts de leur expérience du Tour de France, les gendarmes ont pro­posé leurs services. Sauf que les poulets aimeraient bien être de la fête, eux aussi : la grande majorité des épreuves ne se déroule-t-elle pas en zone police ? Pas question, donc, de laisser leurs rivaux seuls sur le podium.

Côté finances, c’est aussi vacillant : une bonne vingtaine de départements-étapes ont d’ores et déjà décliné l’offre d’accueillir la caravane. Ils es­timent que casquer 180 000 euros pour obtenir ce privilège est « disproportionné, notamment face à l’incertitude des retom­bées économiques générées localement ». C’est la flamme, ou la flemme ?

Pendant les cinquante-sept jours que dureront les Jeux olympiques et paralympiques, la Cour des comptes a sérié trois réjouissantes hypothèses. La première, terroriste, est «susceptible d’être renforcée par un degré de sophistication des actions possibles pouvant aller jusqu’à l’utilisation de drones aériens ou nautiques ». La se­conde, sanitaire, est « liée à une épidémie, à une canicule, à une catastrophe industrielle ou naturelle ».

Effroi cyberien

La troisième, de type « cyber », peut « impacter direc­tement le bon fonctionnement des Jeux, obligeant à retarder ou annuler une épreuve », voire permettre à une organisation criminelle de rançonner l’orga­nisateur ou à une puissance étatique de s’approprier des données secret-défense (lire encadré). Selon les magistrats, la France n’est pas vraiment prête pour faire face à l’une ou à l’autre. Alors, les trois…

C’est « sans délai » que l’Etat et l’organisateur doivent à pré­sent « actualiser les risques » pour mieux se « donner les moyens d’y répondre, notam­ment en matière de personnel. Les premières estimations font état d’un besoin quotidien de 35 000 agents de sécurité intérieure et de 10 000 militaires. Auxquels il est nécessaire d’adjoindre — toujours par jour – entre 22 000 et 33 000 personnels de sécurité privée.

Hélas, alerte la Cour, « seuls 180 000 agents travailleraient actuellement dans ce secteur ». Il va donc falloir solliciter l’ar­mée tout en recherchant des gros bras à l’étranger. Sachant que ce recrutement massif ne réglera ni la question de la for­mation ni celle de l’encadre­ment. Or, constatent les ma­gistrats, cela « pose problème (…), comme l’ont rappelé les événements du 28 mai 2022 au Stade de France ».

Ben quoi ? C’était sportif, non ?


Le prix de l’indépendance

Le 12 juillet, l’assemblée générale extraordinaire de Paris 2024 a accordé, en toute discrétion, une indemnisation aux membres de son comité d’audit. Ce machin, présidé par le préfet Jacques Lambert et regroupant une dizaine de personnes qualifiées, est censé garantir la transparence budgétaire des Jeux, et éviter tout dérapage dans une gestion revendiquée comme « exemplaire ». La fonction d’auditeur, jusqu’à présent, était bénévole — une garantie d’indépendance. Difficile, en effet, de contrôler un organisme tout en encaissant son blé. Pourtant, sous prétexte que l’épluchage des comptes les occupait entre « vingt-cinq et trente jours par an », Paris 2024 a décidé de verser à ces malheureux une indemnité de 7 500 euros par an 15 000 pour le président.

Et leur médaille ? Elle sera en argent ?


Alibaba et le trésor des données françaises,

La société Alibaba, géant chinois du commerce en ligne, figure dans le top 10 des sponsors mondiaux des Jeux olympiques. Dans son référé provisoire, la Cour des comptes estime que le recours à ses services pourrait présenter un risque de fuite des « bases de données des systèmes d’information olympiques à des fins stratégiques ou d’espionnage économique ».

Concrètement, l’Amazon asiatique fournit à Paris 2024 deux applications : l’une « a pour but de mobiliser la population et les collectivités (…), et est susceptible de traiter un nombre important de données personnelles » ; l’autre gère, notamment, les accréditations — celles des athlètes, des journalistes, des bénévoles, mais aussi celles des chefs d’Etat ou de gouvernement. « Ces données, estiment les magistrats, présentent un caractère particulièrement sensible incompatible avec un hébergement par Alibaba. » C’est le péril jaune numérique !

La Cour des comptes invite donc le Cojo à trouver, « dans les délais les plus rapides », une solution de remplacement qui consisterait à confier l’ensemble des données à « un tiers de confiance ». Celles-ci seraient « entièrement chiffrées, sans possibilité pour Alibaba d’y avoir accès ».

Même s’il recrute 40 voleurs ?


Didier Hassoux. Le Canard Enchainé. 20/07/2022


N’oublions pas que ces JO vont avoir lieu pendant le règne de macrounet. Par conséquent, le quoiqu’il en coute en autre… par-dessus les moulins… et la note… MC