Youpi, c’est la rentrée (toxique) des classes

C’est pas le moment, nous sommes en période de vacances.

Mais ce ne sera jamais le moment, et donc, fuck, comme on dit dans le Berry. Parlons un peu du déni de la réalité. On le sait, des femmes sont capables de se cacher à elles-mêmes – et bien entendu aux autres – qu’elles sont enceintes. Le déni est une puissante arme psychique qui aura sans doute joué un rôle essentiel – et positif – au cours de l’aventure humaine. Bien que ce ne soit qu’hypothèse, je gage que face aux guerres civiles, aux invasions, aux épidémies, aux famines, aux innombrables conflits de toute sorte, il fallait bien nier le malheur pour croire encore un peu à l’avenir.

Mais voilà que ce moyen de défense se retourne contre l’espèce. La réalité est si noire, l’avenir si incertain que nous trouvons quantité de trucs et astuces pour éviter d’avoir à considérer l’ensemble. Après tout, ne sait-on pas que nous finirons par mourir? Et ne faisons-nous pas chaque jour comme si cela ne devait jamais advenir ? Ainsi va la crise climatique, que nous ne cherchons même pas à contenir. Certains, très sympathiques quelquefois, défendent ainsi une poussée de pouvoir d’achat (1), sans seulement comprendre que cela signifie automatiquement un accroissement des émissions de gaz à effet de serre à l’heure où il faudrait les diviser par quatre. Mais baste.

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), quand elle ne défend pas les pesticides comme Macron Uber, publie des rapports, dont certains sont impeccables. Témoin ces deux petits derniers. D’abord, cet avis «sur la présence ou l’émission de substances dangereuses dans des fournitures scolaires (2) ». Ensuite, cet autre qui établit un lien certain entre consommation de charcuterie et des milliers de cancers chaque année en France (3). Oui, les amis, c’est super, le jambon aux nitrites tue. Il me revient que j’ai participé voici des années à un débat avec Guillaume Coudray, auteur d’un livre irréprochable titré Cochonneries. Comment la charcuterie est devenue un poison (éd. La Découverte). Le bouquin ne date jamais que de cinq ans, et l’essentiel avait été révélé à la télé par Coudray dès 2016. Et alors? Bien sûr, l’Anses ne demande nullement un changement de fond, se contentant de prôner une diminution de l’exposition aux contours fumeux.

Quant aux fournitures scolaires, pardon, mais c’est foldingue. Que dit l’Anses ? Qu’il y a dans les stylos, colles, crayons, correcteurs, cahiers – la liste n’est pas limitative.– de grosses quantités de poisons véritables.

Regardons ensemble ceux qu’a retenus l’agence : les phtalates ; les composés organiques volatils (COV), dont le formaldéhyde, le chloroforme, le toluène ; des nitrosamines ; le benzène ; les métaux lourds comme le chrome hexavalent, le cadmium, le nickel ou le plomb ; les perfluorés (PFAS) ; les colorants ; le bisphénol A ; les isothiazolinones et autres conservateurs ; les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) ; les substances parfumantes. Ah !

Une fois encore, l’Anses, cautère sur une jambe de bois, recommande gentiment de revoir la réglementation. Laquelle concerne l’Europe, qui est aux mains des lobbies industriels. Ce ne sont, précisons-le, que deux exemples, les plus récents. Dans les deux cas – et tant d’autres, comme celui de l’eau de baignade, détaillé voici trois semaines -, le spectre de l’industrie. Chimique. Devenue si puissante qu’aucune autorité publique n’est plus en mesure de la dompter. Elle fait la loi, car elle est la loi universelle.

N’est-il pas flagrant qu’il faudrait a minima une révolu­tion démocratique, façon 1789, pour remettre à leur place oligarchies et nouvelles aristocraties ? Oui, mais on préfère se tourner vers les vieux appareils, les choses politiques subclaquantes qui nous ont menés à ce grand désastre. Au fait, au premier tour des législatives, si on compare les résultats au nombre de Français en âge de voter, Macron and co ont fait 12 %, et de même la Nupes. 88 % n’ont pas voté pour l’un, 88 % n’ont pas voté pour l’autre. Et Le Pen est à 8,5 %. Le déni en pleine forme.


Fabrice Nicolino. Charlie Hebdo. 20/07/2022


  1. Avis aux grincheux : j’ai déjà expliqué ici même comment on pourrait aider très efficacement les smicards sans passer par cette case désastreuse. Faudrait voir à lire Charlie, les gars.
  2. tinyurl.com/bdz44jtz
  3. tinyurl.com/2p9e2xxr

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