Une redevance, ne peut pas en cacher une autre.

On n’y croit pas beaucoup, mais il aurait l’air fin, Macron, si le Conseil constitutionnel venait à retoquer, dans son paquet sur le pouvoir d’achat, la suppression de la redevance audiovisuelle publique.

La liquidation démago de cet impôt impopulaire, claironnée haut et fort, ne bouleverserait pas la vie des contribuables : la ponction est de 138 euros par an et par foyer, autrement dit 38 centimes par jour et par famille. La fin de ce prélèvement, en revanche, pourrait mettre à genoux l’audiovisuel public, déjà à l’os, puisque son financement est assuré à 90 % par les 3,1 milliards récoltés via la redevance. Pas moins.

Le rapport de l’Inspection générale des finances et de l’Inspection générale des affaires culturelles n’évoque pas un risque constitutionnel à supprimer un petit impôt.

Mais ce sont les grandes conséquences qui posent problème : la disparition de la redevance mettrait en péril l’indépendance et la liberté la presse, qui, elles, sont protégées par la Constitution.

Comme souvent, le locataire pressé de l’Elysée n’a rien prévu pour assurer une compensation sérieuse, aucun plan B de financement pérenne qui tienne la route…

La menace d’une censure du Conseil constitutionnel ne fait pas très peur, mais, au fond, le débat est le bon. C’est bien de l’indépendance de l’audiovisuel public qu’il s’agit. Pas forcément celle d’un groupe vis-à-vis de l’Etat, puisque c’est ce dernier qui le finance. Mais l’indépendance par rapport aux mastodontes privés et aux publicitaires qui vont se substituer aux ressources de la redevance et bourrer les écrans avec leur réclame.

C’est la marge de manoeuvre des magazines d’investigation, par exemple, ou plutôt de ce qu’il en reste sur France Télés, à Radio France ou sur Arte, qui est en jeu. Et il vaut mieux qu’elle soit garantie par le peuple des contribuables français que par celui des vendeurs de shampoing.

Il n’y aura aucune sécurité si c’est le budget général de l’Etat qui est censé financer, chaque année, l’audiovisuel public. Les professionnels du secteur l’ont bien vu : du jour au lendemain, n’importe quel nouveau ministre, n’importe quel gouvernement pourrait venir discuter comme un marchand de tapis, raboter 100 millions d’euros par-ci, tailler 200 millions par-là, sous toutes sortes de prétextes.

Alors, bien sûr que l’on peut réformer la redevance, faire payer quelques centimes de plus aux riches, quelques euros de moins aux pauvres. Mais, la supprimer, c’est accompagner le mouvement de la pédégée de France Télés, Delphine Ernotte, qui vient de décider la fin les jités de France 3 d’ici un an.

Il ne faut pas oublier la vraie raison de l’obsession de Macron à vouloir flinguer cette redevance. Il l’avait lâchée au lendemain de sa première élection, en 2017, sur France 2 en prime : « Qu’est-ce qui justifie que le contribuable français mette de l’argent dans France Télévisions et pas dans TF1 ? »

Tout était dit…


Article signé des initiales C. N. Le Canard enchaîné. 20/07/2022


L’avis de François Rousseaux dans Télérama.

Pourquoi Emmanuel Macron tient-il à supprimer la redevance ?

Pour trois raisons selon lui. Politique, d’abord, au nom du « pouvoir d’achat ». Près de 23 millions de foyers payent aujourd’hui 138 euros par an (88 euros dans les départements d’outre-mer) pour s’en acquitter. Technique, ensuite : son prélèvement était jusque-là adossé à celui de la taxe d’habitation… que plus aucun foyer ne devrait payer à partir de 2023. De « modernité », enfin. L’État juge la redevance « datée », à l’heure où les Français ont autant pris l’habitude de consommer les programmes sur d’autres écrans (smartphones, tablettes, ordinateurs…) que sur le bon vieux poste de télé. Attention : 91 % des foyers en restent équipés (contre 98 % il y a dix ans, selon les études de l’Arcom).

Par quoi veut-il la remplacer ?

Par une ligne dédiée dans le budget de l’État. Mais il lui faudra trouver les 3,2 milliards que la redevance rapporte chaque année ! L’État va donc puiser dans son propre portefeuille pour compenser. Le gouvernement s’est pourtant bien gardé de rentrer dans le détail, se contentant de pistes. Dernière en date : affecter une partie de la TVA, comme l’ont proposé plusieurs des députés. « En affectant une fraction d’une taxe existante (TVA), les députés Renaissance maintiennent le concours financier qui protège l’audiovisuel public des mesures de régulation budgétaire éventuelles », a écrit Aurore Bergé, cheffe de file du groupe majoritaire à l’Assemblée. L’amendement qu’elle a déposé envisage une nouvelle taxe sur le tabac. Pour tenter de calmer les inquiétudes, l’exécutif s’est engagé à pérenniser les moyens de l’audiovisuel public, à donner à ses dirigeants une visibilité financière sur plusieurs années, à ne pas baisser les crédits en cours d’année. « Une commission ad hoc pourrait faire office de vigie de l’indépendance », a précisé la ministre de la Culture. « Ce sont des engagements oraux. Mais quid des années suivantes et des gouvernements qui suivront ? On ne peut se contenter de discours de principe, il faut une transcription législative », prévient Laurent Lafon, président (centriste) de la commission culture et éducation du Sénat.

Pourquoi la mesure suscite-t-elle de l’hostilité ?

Par crainte que la redevance ne devienne une variable d’ajustement dans le budget de l’État, avec Bercy aux manettes, pouvant diminuer les crédits au gré des aléas économiques ou exercer un chantage financier en cas de mécontentement sur les lignes éditoriales. Ensuite, les opposants craignent qu’un financement au bon vouloir de l’État n’affaiblisse le rôle du service public et son indépendance vis-à-vis de tous les pouvoirs.

Source (Extraits)


Une réflexion sur “Une redevance, ne peut pas en cacher une autre.

  1. bernarddominik 25/07/2022 / 12:15

    La vérité est malheureusement bien simple: le président Macron veut contrôler encore plus étroitement l’audiovisuel public, qui quelques rares fois manifeste son indépendance, et c’est déjà trop pour un président qui le rend responsable de son impopularité.

Laisser un commentaire