Des rois éphémères

Une galette de pâte feuilletée fourrée à la frangipane…

Nul besoin d’être expert en cuisine ni d’avoir postulé à un certain dîner qui pour être plus que parfait n’en est pas moins télévisé, pour deviner qu’il s’agit là d’un dessert que nous pourrions qualifier de particulièrement saisonnier, étant à la pâtisserie ce que le muguet est aux fleurs!

Célébrant l’Épiphanie, la galette des Rois est en effet un gâteau qui réjouit les palais, royaux ou non, le dimanche qui suit le ler janvier. Un jour attendu des gourmands… et des Chrétiens. Rappelons en effet au passage qu’il s’agit là de célébrer la manifestation du Christ, notamment aux Mages venus l’adorer, à savoir Gaspard, Melchior et Balthazar appelés communément les Rois mages! Depuis des siècles la tradition consiste donc à « tirer les rois »!

Pour ce faire, il n’est pas nécessaire de (re)prendre la Bastille (changer à République…), il suffit de cacher une fève dans la galette et de déclarer roi de la journée, le convive qui aura trouvé ladite fève. À noter que dans le sud de la France, la galette se mue en gâteau, sorte de brioche en forme de couronne (quand même!) parfumée à l’essence de fleur d’oranger, recouverte de sucre et de fruits confits, dans laquelle la fève aura cédé sa place à un santon de Provence.

Ailleurs, cette traditionnelle fève est aujourd’hui souvent remplacée par une figurine en porcelaine ou en plastique, parfois une réelle oeuvre d’art dû à un talentueux boulanger, pour le plus grand plaisir des collectionneurs, appelés fabophiles… Et des dentistes! Et que celui qui n’a jamais eu l’impression de se casser les dents sur un personnage de crèche ou un héros de pacotille me jette la première galette!

N’oublions pas, cérémonial oblige, de placer un enfant sous la table pour qu’il désigne au fur et à mesure le destinataire de chaque portion coupée, sans imaginer une seule seconde que « là-haut » les adultes conspirent pour essayer de devenir la part bénie des dieux qui bien sûr échoira à cette âme candide grâce à un petit coup de pouce du destin… Et si vous regrettez le goût de trop peu de cette galette, n’oubliez pas de rappeler au roi de la journée que s’il a le privilège d’arborer fièrement la superbe couronne dorée en carton, il a le devoir d’offrir la prochaine galette!

Celle-ci donnera lieu au même cérémonial et à une nouvelle galette offerte par le roi fraîchement « élu »… Mais comment expliquer alors que cette heureuse coutume ne nous entraîne pas jusqu’à décembre? Il y aurait donc un roi qui mettrait fin à cette chaîne gourmande en n’offrant pas de prochaine galette…

À suivre de près, des têtes couronnées sont tombées pour moins que ça…

Pour du simple pain !


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