C’était hier. S’en souvient-on ?

La campagne électorale : tout au long, pas un mot sur le climat, ni sur l’effondrement du vivant, ni sur l’écologie.

Le cadet des soucis des politiques.

Juste un slogan balancé entre-deux-tours : la « planification écologique ». Expression ouvertement piquée par le candidat Macron à l’épouvantail Mélenchon. Bon gag !

Mais ça veut dire quoi, « planification écologique » ?

Certainement pas la même chose pour l’un ou pour l’autre. On devine cependant une idée commune : face à ce qui s’annonce, il faudrait se préparer, s’organiser, anticiper. Dans leurs rapports, les scientifiques du Giec ne cessent de le clamer : si les émissions continuent de grimper, et c’est ce qu’elles font mondialement, les vagues de chaleur seront plus nombreuses, plus longues, plus intenses.

Nous y voilà.

  • Une première vague en juin.
  • La deuxième en ce moment. Une semaine durant, des milliers d’hectares de forêt qui brûlent.

En Gironde, 32 000 personnes évacuées en quelques jours. Près de 40 °C à Brest. Du jamais-vu. « Vigilance rouge », « vigilance orange », tout un vocabulaire administratif censé rassurer.

La situation est sous contrôle, non ? Elle ne l’est pas. Pompiers partout, maîtrise nulle part. Impréparation patente.

  • Ah bon, les forêts couvrent 30 % de nos territoires, et il faudrait peut-être penser à les préparer aux températures qui montent ?
  • Ah bon, pour respecter ses propres engagements pris lors de la COP21, avec pour objectif la neutralité carbone en 2050, la France devrait diviser par deux ses émissions d’ici à 2030 ?
  • Par deux, vraiment ?
  • D’ici huit ans ? Et elle est loin du compte ?
  • En retard sur son propre programme ? La France de Macron, le fameux « champion de la Terre » que le monde nous envie ?

Fin juin, le Haut Conseil pour le climat l’a sévèrement pointé : « Les efforts actuels sont insuffisants pour garantir l’atteinte des objectifs de 2030. »

  • Les passoires énergétiques à éliminer,
  • les transports en commun à développer pour faire baisser les émissions des trajets en bagnole (petit rappel : une voiture qui consomme 5 litres émet 12 kilos de CO2 tous les 100 km).
  • Rien que pour renforcer et adapter le réseau SNCF, c’est 100 milliards qu’il faudrait, vient de calculer au doigt mouillé son pédégé.

Mais il ne suffit pas de demander des efforts aux Français, lesquels émettent en moyenne 10 tonnes de CO2 par an. Et sont moins crispés que ne le croient les politiques : selon une récente étude du Conseil d’analyse économique, ils sont majoritairement (55 %) favorables à une taxe carbone, à condition qu’elle soit juste et que ses recettes soient affectées aux plus modestes.

Il faudra faire bien plus, vu que, si chacun de nous faisait tous les efforts possibles (bagnole, viande, sobriété), la baisse des émissions françaises ne dépasserait pas les 10 %, a calculé le cabinet Carbone 4. Seule une action volontariste de réduction de l’empreinte carbone s’appliquant, « en même temps », aux secteurs de l’agriculture, de l’industrie et de l’énergie, lesquels totalisent plus de la moitié des émissions, sera vraiment efficace.

Mais ça va mettre en danger notre sacro-sainte compétitivité ! notre belle croissance ! Et pendant ce temps-là la Chine et les Etats-Unis, bien plus émetteurs de CO2 que nous, continueront de plus belle ! et nous tailleront des croupières ! Pas question, voyons. Laissons faire le capitalime vert — pour le bien de tous, évidemment.

Vive la course à la croissance, la belle « attractivité » de la France, la « start-up nation » qui va de l’avant ! Quant aux canicules à venir, pas de quoi s’inquiéter : chez McKinsey et Capgemini, ils trouveront bien une idée.


Jean-Luc Porquet. Le Canard enchaîné. 20/07/2022


Une réflexion sur “C’était hier. S’en souvient-on ?

  1. jjbadeigtsorangefr 24/07/2022 / 17:59

    Et on attend toujours des mesures concrètes pour transférer le trafic marchandise de la route vers le rail…..

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