Pris dans les prix

Sans que l’on s’en rende compte, la guerre en Ukraine…

… est en train de trancher une question qui concerne l’avenir de l’humanité – oui, rien que ça.


Avant la guerre, le débat entre les rares personnes s’intéressant au devenir de la vie sur terre était le suivant; faut-il mettre en place des rationnements, pour limiter la consommation de pétrole ou de jambon aux nitriles? Ou faut-il accroître le prix des trucs nocifs pour la planète, afin de pousser les gens à en acheter moins?

Cette interrogation renvoie à la grande question de l’économie politique, celle de l’État et du marché. Les interdictions, seule l’autorité publique peut les décider. Elles sont publiques, visibles, et donc contestées. C’est pour cela qu’elles ne sont pas (encore) utilisées. Les prix, c’est plus subtil. Celui du pétrole ne reflète pas les dommages qu’il cause à la planète.

Le rôle de l’État est alors de l’accroître, pour le porter à sa vraie valeur. En instaurant la fameuse « taxe carbone », l’État se donne pour mission de corriger le marché.., afin de le rendre parfait. Avouez que ce n’est pas banal ! Mais, dans ce cas aussi, la main de l’État est bien visible. C’est bien sûr l’histoire des «bonnets rouges» et des «gilets jaunes ».

Aujourd’hui, le prix de l’énergie augmente, mais l’État n’y est pour rien. En particulier, les recettes fiscales sur l’énergie ne s’accroissent que très légèrement, car la grande majorité des taxes sont fixes (1). C’est donc bien le « marché », perturbé par le camarade Poutine, qui nous rackette. Or, alors que la hausse du prix de l’essence est plus forte qu’à l’époque des « gilets jaunes », il n’y a pas de protestations aussi massives.

Pourquoi?

L’histoire est toujours la même : face au dieu Marché, chacun se débrouille dans son coin. De nombreuses personnes utilisent moins leur voiture. C’est bon pour leur santé, leur porte-monnaie, la planète. C’est une décision qu’elles auraient déjà dû prendre, mais elles ne l’ont pas fait à cause de ce truc idiot au nom duquel nous causons des feux de forêt partout dans le pays : le confort. Bref, la main de fer du marché les a contraintes à adopter la bonne décision pour elles, celle qu’aucun homme politique n’a été capable de leur faire prendre.

C’est fort, le marché. C’est puissant, les prix. Nos vies sont dictées par eux à un point que nous n’imaginons pas : choix de métier, de lieu de vie, de loisirs…

Chose amusante, les coups que nous porte le marché peuvent aussi conduire à plus de solidarité. Ainsi, de nombreux restaurateurs ou libraires, face à l’envolée du prix de leurs achats, se mettent (enfin) c’est pas si ensemble pour acheter moins cher. Ce qui leur permet de se rencontrer, alors qu’ils ne se connaissaient parfois pas. L’achat en commun leur fait gagner de l’argent et des amis !

Or les contraintes que la nature ne va cesser de nous imposer, de plus en plus, vont impliquer de fortes chutes de productivité, comme on le voit déjà avec les cultures brûlées et les centrales au ralenti. Ces baisses de productivité vont pousser les prix à la hausse. Nous serons donc pris dans leurs mâchoires d’acier, et conduits, finalement mais trop tard, à faire les bons choix.

Resteront alors deux questions :

  1. Cette pression des prix va-t-elle revigorer des solutions collectives, comme les coopératives de consommation et de production? 
  2. Que deviendront ceux pour qui trop de biens essentiels seront trop chers ?

Jacques Littauer. Charlie hebdo. 20/07/2022


1. La taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), de l’ordre de 60 centimes le litre, est d’un montant fixe, gelé depuis 2018 et les « gilets jaunes ». Tout comme la partie de la TVA qui est assise dessus. Seule la seconde partie de la TVA, de l’ordre de 13 centimes pour 1 litre de diesel, augmente avec le prix de l’essence, mais cette hausse ne représente que quelques centimes au litre.


Une réflexion sur “Pris dans les prix

  1. bernarddominik 22/07/2022 / 08:19

    Une précision la plupart des incendies sont causés par des mégots, il y a quelques pyromanes et quelques étincelles issues d’une tronçonneuse mais qui utilise une tronçonneuse en plein cagnard?. J’ai entendu des dizaines de fumeurs affirmer qu’un mégot ne peut déclencher un feu, et pourtant les centaines de départs de feux au bord des autoroutes et des routes sont bien dus à des mégots. Mais fumer est bien une marque d’inconscience et d’addiction. Pour le fond de l’article revenir à l’époque où la nourriture c’est entre la moitié et les 2/3 des dépenses d’un ménage, c’est revenir à une société agricole et donc jeter des millions de personnes dans la misère car notre société vit de superflus.

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