Gros danger dans l’édition.

Trois mois après son départ de Fayard, Sophie de Closets a pris la tête de Flammarion.

Un transfert emblématique sur fond de concentration du marché du livre, dont éditeurs et libraires craignent les effets dévastateurs.

En quoi ce changement est-il symbolique?

Sophie de Closets est la première dirigeante d’une importante filiale d’Hachette à quitter le premier groupe d’édition français, depuis qu’il fait l’objet d’une OPA de Vivendi. Un départ interprété comme une envie de claquer la porte d’une maison en train de passer sous le contrôle du géant du divertissement, majoritairement détenu par Vincent Bolloré. Elle a beau rester silencieuse, la perspective de ce changement d’actionnariat a dû lui sembler peu enviable, alors qu’elle est en conflit ouvert avec Nicolas Sarkozy, à la fois proche d’Arnaud Lagardère, jusqu’ici actionnaire de référence d’Hachette, et de Vincent Bolloré, le propriétaire annoncé.

Pourquoi il coûte cher à Fayard?

S’il n’est pas rare que certains auteurs suivent leur éditrice d’une maison à l’autre, le départ de Sophie de Closets a provoqué l’exode d’une dizaine d’écrivains et pas des moindres : Virginie Grimaldi, la romancière française la plus lue dans l’Hexagone; les philosophes Main Badiou et Barbara Cassin; les sociologues Frédéric Lenoir et Didier Eribon; les journalistes d’investigation Fabrice Lhomme et Gérard Davet, ou encore le journaliste indépendant Victor Castanet, auteur du livre-enquête Les Fossoyeurs. Une hémorragie qui affaiblit Fayard d’autant qu’au dommage financier s’ajoute un préjudice d’image, la plupart de ces écrivains ayant lié leur départ à l’OPA de Lagardère sur Hachette et leurs craintes qu’elle ne fragilise l’indépendance de la maison d’édition.

Où en est le feuilleton de cette OPA?

En juin, Vivendi a clos son OPA sur le groupe Lagardère dont il détient désormais la majorité du capital, mais il n’a pas pour autant les mains libres. Il doit attendre l’approbation des autorités européennes de la concurrence, et on voit mal comment celles-ci pourraient ne pas exiger du nouveau groupe la cession de plusieurs parties d’un empire qui compterait plus d’une centaine de maisons d’édition. La décision pourrait ne pas intervenir avant la fin de l’année. En attendant, éditeurs indépendants et libraires dénoncent sans relâche la toute-puissance du nouveau mastodonte qui, selon eux, « affaiblirait la richesse, la diversité et le dynamisme du paysage éditorial français ».


Olivier Milot. Télérama. Édition du 19/07/2022. N° 3784


Juste un petit rappel… Télérama est dans le giron de « Le Monde » qui lui-même est dans le groupe Bollo…

Le journaliste auteur des ligne de l’article à bien du courage, ou de l’inconscience, ou encore est-il sur un départ pour d’autres horizons. Oui, mais lequel tant Bollo a trusté la plus grande partie de ce qui fait l’info et la littérature…

Demain, la pensée unique orale et écrite ??? MC


5 réflexions sur “Gros danger dans l’édition.

  1. bernarddominik 20/07/2022 / 20:34

    C’est plus qu’inquiétant.
    A quand une loi anti concentration ?

    • Libres jugements 21/07/2022 / 11:57

      Tant que l’agglomérat ne dérangera pas outre mesure que les empires médiatiques et audiovisuels de Bolloré et autres; il n’y aura pas d’interdiction de réunion-concentration en de rares mains des modes d’infos…

  2. jjbadeigtsorangefr 21/07/2022 / 09:37

    La liberté de la presse encadrée par le fric
    La liberté d’éditer encadrée par le fric
    La liberté d’opinion ça devient quoi ?
    À genoux manants, votre liberté de penser est encadrée.

    • Libres jugements 21/07/2022 / 12:05

      L’inquiétant est dans la non réaction du peuple français de plus en plus sourd aux avertissements et amorphe, se laissant autoguider dans ses manières d’agir, de vivre.
      La preuve lors des élections et l’abstention, dans l’absence de manifestations d’ampleur, de grandes révoltes syndicales, etc.
      Quel troupeau de moutons ce peuple français dans une grande majorité !

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