Une inconnue – connue des couloirs !

Ex-ambassadrice à Rome et à Londres, la nouvelle ministre de l’Europe et des Affaires étrangères ne s’y est pas fait que des copains.

Il y a une vingtaine d’années, les camarades socialistes avaient affublé Martine Aubry, qui ne semblait guère submergée par le doute et avait souvent le mot « con » à la bouche, du sobriquet de « mère emptoire ». Ça faisait bien rigoler dans les fédés quand « Martine » ramenait sa fraise avec assurance. La bonne nouvelle, c’est que la maire de Lille, qu’on entend moins désormais, a une fille spirituelle.

Catherine Colonna arrive au Quai d’Orsay précédée d’une solide réputation de peau de vache. Selon Mediapart, plusieurs de ses collaborateurs à Londres (où certains la surnommaient « l’Immonde diplo ») se sont plaints au Quai de sa dureté, de harcèlement, de burn-out. Un journaliste installé au Royaume-Uni évoque, de son côté, des réflexions humiliantes faites à une attachée de presse de l’ambassade en sa présence. Quand Colonna était en poste en Italie, les équipes avaient l’habitude d’évoquer son nom en levant les yeux au ciel. « Quand elle est partie, on était tous soulagés », se souvient un diplomate basé à Rome. Depuis son arrivée au ministère, elle a le plus grand mal à constituer son cabinet. Emmanuel Puisais-Jauvin, qui le dirige, a fait savoir qu’il n’était là que pour quelques semaines.

Au taquet d’Orsay

D’une rare dureté avec ses collaborateurs, la dame était d’une douceur angélique avec les puissants quand elle était à l’Elysée sous Chirac, sachant à merveille se faire apprécier par le patron et sa petite famille. Dumas la trouvait « formidable », Villepin, qui l’avait connue à l’ambassade de France à Washington, l’adorait, Juppé ne tarissait pas d’éloges à son sujet.

Autre son de cloche à Londres, où elle a mis fin à une tradition de réunion des correspondants de la presse française tous les deux mois autour d’une grande table avec l’ambassadeur. « Avec elle, il y avait la presse parisienne, à sa table, et les autres », rigole un journaliste qui l’a vue officier. Les puissants et les autres, toujours.

Chirac ne savait rien lui refuser. Il l’a catapultée à Rome, l’un des plus beaux postes de la diplomatie, pour lui faire plaisir, écourtant brutalement le mandat d’Alain Le Roy, un diplomate apprécié de tous. Elle a obtenu la direction du CNC, parce que le cinéma c’est sympa.

Colonna au Quai d’Orsay, c’est un plan B. Macron aurait préféré nommer Audrey Azoulay, mais il n’a pas tardé à comprendre qu’elle ne lâcherait pas la présidence de l’Unesco. « Et puis, étant donné l’étroitesse des liens entre la famille Azoulay et la monarchie marocaine, les Algériens auraient pris cette nomination comme une déclaration de guerre », explique un diplomate.

Va donc pour Colonna, pur produit du Quai d’Orsay, a priori le profil adéquat pour calmer les diplomates, humiliés de voir leur profession supprimée par un décret publié entre les deux tours avec une désinvolture étudiée. « Macron est obsédé par l’idée d’une haute fonction publique endogame, ce qui n’est pas totalement faux pour la diplomatie. Mais, de là à démanteler ce grand corps de l’Etat au moment où éclatent des conflits aux frontières de l’Europe et où notre isolement au Conseil de sécurité est une évidence… Diplomate, c’est un métier », s’agace un ambassadeur. Colonna va devoir câliner ses troupes (les diplomates se sont mis en grève le 2 juin), et ce n’est pas trop son truc. La nomination (avortée) d’Amélie de Montchalin au poste d’ambassadeur à Rome, alors qu’elle est totalement novice, avait déjà failli mettre le feu aux poudres.

Madame Pète-Sec

A Londres, l’ambassadrice avait le plus grand mal à accepter la situation politique. Son prédécesseur, Jean-Pierre Jouyet, qui pourtant parlait mal l’anglais, avait réussi à tisser des liens avec tout le personnel politique britannique. Ce ne fut pas le cas de Colonna, décrite par les milieux conservateurs comme une diplomate « activiste » virulemment opposée au Brexit et à son concepteur, Boris Johnson, et qui allait clairement au-delà de sa mission. Une macroniste peu soucieuse de dialogue, un comble pour une diplomate. La soirée organisée à l’ambassade de France en octobre 2021 avait fait jaser : on n’y avait pas accueilli un seul brexiter…

Tous ceux qui la croisent pensent qu’elle a la nostalgie de l’époque bénie où elle était porte-parole de Chirac. Elle a gardé de ce temps-là une expression dépouillée et sans affect, et ne va donc pas concurrencer Macron sur le terrain des envolées lyriques. Et, comme elle n’a aucun poids politique et ne représente qu’elle-même, elle est vraiment parfaite.


Anne-Sophie Mercier. Le Canard Enchainé. 13/07/2022


4 réflexions sur “Une inconnue – connue des couloirs !

  1. bernarddominik 18/07/2022 / 08:29

    La macronie dans toute sa splendeur.

  2. jjbadeigtsorangefr 18/07/2022 / 09:20

    L’arrivisme enfin récompensé.

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