Antinomique : l’Ecologie et le Béton.

Il y en a sur nos routes, dans les mâts d’éolienne, les coques des centrales nucléaires, dans les gratte-ciel, les HLM, les lotissements bon marché comme les maisons d’architecte… Il y en a partout.

Chaque seconde, on coule près de 150 tonnes de béton dans le monde. En une année, cela suffirait à recouvrir la France d’une couche de gris.

Le coût écologique de cette mégaproduction est exorbitant. Le béton étouffe les sols, constipe les rivières, détruit des habitats, pollue l’air, érode nos plages… C’est aussi l’un des principaux responsables des émissions de gaz à effet de serre après le charbon, le pétrole et le gaz. On utilise souvent cette image : s’il était un pays, le béton serait le troisième émetteur mondial de CO2, derrière la Chine et les États-Unis.

Pendant longtemps, les industriels du béton se sont peu préoccupés de leur empreinte carbone.     […]

En octobre dernier, l’Association mondiale du ciment et du béton a dévoilé sa feuille de route pour atteindre la neutralité carbone en 2050. L’industrie cimentière française avait fait la même chose quelques mois auparavant. Ses grands fleurons rivalisent de promesses pour sauver la planète. […]

Le béton est constitué d’eau, de sable et de gravier liés ensemble par du ciment. C’est ce dernier qui est à l’origine de près de 90 % de son empreinte carbone. Décarboner le béton revient donc en premier lieu à décarboner le ciment.

Pour fabriquer ce ciment, on chauffe pendant des heures et à des températures extrêmes un mélange d’argile et de calcaire. À la fin, on obtient du clinker. Cette matière compose 80 à 100 % du ciment Portland, le plus utilisé.

Sa production est très émettrice : en brûlant, le calcaire dégage d’énormes quantités de CO2. Ce seul process représente les deux tiers de l’empreinte carbone du ciment.

« Pour améliorer le bilan carbone du ciment, il n’y a donc pas d’autre choix que de réduire la quantité de clinker dans sa composition », synthétise Florent Dubois, responsable de la construction durable chez Lafarge, dans son récent livre Béton écologique et construction durable (Eyrolles, janvier 2022), qui défend le potentiel d’un « béton vert ».

Lafarge, comme d’autres, est en effet capable de fabriquer du ciment avec moins de clinker. Voire sans. C’est ce que fait par exemple HoffmannGreen dans son usine ultra-tech installée en Vendée. « Nous utilisons uniquement des déchets et coproduits de l’industrie mélangés à froid avec nos activateurs », décrit son président Julien Blanchard.

Une autre start-up a fait ses preuves dans le monde du béton vert : Ecocem. Elle dispose de deux sites en France, nés d’une joint-venture avec le géant mondial de l’acier Arcelor-Mittal. […]

« Ces ciments alternatifs ont du mal à dépasser le stade du marché de niche du fait de leur coût, de leurs propriétés différentes et de la disponibilité des matières premières dont ils ont besoin »,souligne l’Ademe, l’agence française de l’environnement.

Par exemple, selon l’Association mondiale de l’acier, 97 % des laitiers de haut-fourneau sont déjà récupérés. « Si on voulait augmenter la quantité de laitier pour produire plus de béton bas carbone, il faudrait donc produire plus d’acier – une industrie quasiment aussi émettrice que l’industrie cimentière… On tombe alors sur un non-sens écologique : polluer plus pour faire des matériaux moins polluants en bout de chaîne », explique Matthias Dreveton, ingénieur structure et spécialiste du béton bas carbone.

Autre problème : […]  il n’y a pas de définition officielle du « ciment bas carbone » : aucune règle sur le ciment de référence à prendre en compte, ni sur le seuil au-dessous duquel le ciment deviendrait vert.

Ainsi, quand la société du Grand Paris se félicite que « 70 % du nouveau métro soit réalisé avec du béton bas carbone », c’est elle qui a fixé ses propres règles. […] Est-ce qu’un béton bas carbone est vraiment bas carbone ? Ça, on ne peut pas le dire. Guillaume Jarlot, CEO chez Nooco

Pour rajouter du flou au flou, les cimentiers ont le droit de garder secrète leur recette industrielle et l’empreinte carbone affichée sur l’étiquette de leur produit est difficilement vérifiable. […]

[…]


Floriane Louison. Médiapart. Source (Extraits)


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