« L’économie de guerre »…

… prônée par Macron

Selon lui, la situation en Europe, en Afrique et en Asie justifie d’investir et de mobiliser le complexe militaro-industriel.

Cette formule guerrière est un élément de langage concocté à l’Elysée, et le Président l’a testée, une première fois, au salon de vente d’armements terrestres Eurosatory, le 13 juin. A Moscou, comme en écho, la Douma (l’Assemblée nationale) a employé, le 7 juillet, la même expression — « économie de guerre » , en ratifiant deux lois qui obligent les industriels de l’armement à améliorer les équipements destinés aux armées russes et imposent aux salariés d’effectuer des heures supplémentaires non payées.

Macron n’en demande pas tant, mais il exige beaucoup du nouveau ministre des Armées, Sébastien Le-cornu, et du chef d’état-major, le général Thierry Burkhard. Tous deux se sont vu confier une mission quasi impossible : tirer les leçons des récentes crises en Europe, avec la guerre d’Ukraine, et en Afrique, avec des coups d’Etat à répétition et les menaces permanentes des djihadistes, sans oublier celles des Chinois en Asie-Pacifique, où la France a encore des possessions et des intérêts.

Ces paris sur l’avenir ne sauraient suffire. « Dans l’économie de guerre, [le Président a demandé] de réfléchir au modèle d’armée complet de demain », a confié Sébastien Lecornu, le 7 juillet, aux députés membres de la commission de la Défense. Trois jours plus tard, il s’épanchait encore, dans le « JDD » : « Dans une économie de guerre, [il faut] produire plus vite, en grande quantité et à des prix soutenables. » En clair, le pouvoir d’achat du gouvernement n’étant pas extensible, les marchands de canons sont priés de fixer leurs tarifs avec modération, même s’ils n’en ont guère l’habitude.

Une armée vraiment hors de prix

Préparé par Sébastien Lecornu, et conforme à la loi de programmation militaire, le projet de budget militaire 2023 s’élèvera à 44 milliards d’euros, soit 3 milliards de plus que celui de cette année. Mais, à en croire la Première ministre, Elisabeth Borne, la note sera bientôt plus salée. Devant l’Assemblée, elle a souligné la nécessité d’« amplifier l’investissement dans la durée » en matière de défense. Applaudissements des chefs militaires et des industriels de l’armement, pendant que le pessimiste général Burkhard cauchemarde : « La guerre est là, la probabilité d’un engagement majeur a considérablement augmenté. »

Ne reste plus qu’à définir le « modèle de l’armée complet de demain », conforme aux voeux présidentiels. Personne ne s’y est encore vraiment attelé, mais, à en croire le général Pierre-Joseph Givre, directeur du Centre de doctrine et d’enseignement du commandement, les militaires devront désormais savoir tout faire : « protéger les unités [au combat] contre les menaces aériennes, augmenter la portée des canons et contrebalancer les frappes ennemies [en renforçant] les capacités de renseignement [afin d’]intoxiquer et [de] neutraliser l’ennemi. » Puis, si possible, s’en sortir vivants ?

Au sein des différents états-majors (terre, air, mer, etc.), chaque chef défend sa boutique et demande des crédits supplémentaires. Quant au complexe militaro-industriel, avec ses bureaux d’études, ses usines et ses 200 000 salariés — petits sous-traitants compris —, il pavoise. Malgré Sébastien Lecornu, qui dit attendre que ces industriels soient capables de «passer en économie de guerre » afin que les stocks d’obus, de munitions diverses et de pièces de rechange, qui sonnent aujourd’hui le vide, deviennent abondants.

Le chef de l’Etat a déjà fait connaître ses intentions, quitte à dépenser « un pognon de dingue » pendant plusieurs années. En résumé : 6 milliards d’euros et non 3, comme à l’heure actuelle, devront permettre de moderniser les armes nucléaires, et un second porte-avions sera mis en chantier, ainsi que le futur successeur de l’avion Rafale (échec de la coopération franco-allemande sur ce point et sur un futur « char européen »). De nouveaux hélicoptères, drones armés, avions-espions de guerre électronique, avions radars, satellites de renseignement, etc., devront aussi équiper cette «armée complète » dont rêve Macron, qui en sera encore le chef pendant cinq ans.


Claude Angeli. Le Canard Enchainé. 13/07/2022


Une réflexion sur “« L’économie de guerre »…

  1. bernarddominik 17/07/2022 / 20:15

    Ils nous prennent pour des idiots, les Russes ne s’attaqueront pas à l’OTAN, Macron le sait, mais il y a là non seulement un gros fromage, mais la possibilité d’accroître son pouvoir.

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