Après le défilé,

 Après l’interview du 14 juillet 2022…

… Emmanuel Macron refuse d’entendre le message envoyé par les Français lors des élections législatives. Durant une bonne heure, le chef de l’État s’est soumis à une seconde l’interview télévisée, depuis son accession à l’Élysée.

Dans une posture jupitérienne, le président de la République s’était toujours refusé à se prêter à l’exercice, sauf en 2020, avec l’arrivée du Covid.

La juxtaposition des crises tout comme l’absence de majorité absolue à l’Assemblée nationale le contraignent à bâtir des « compromis responsables » avec les oppositions. Il mouille donc la chemise, sans pour autant dévier de son cap : « Les Français m’ont accordé leur confiance à la présidentielle et m’ont doté d’une majorité relative. Si les choses avaient changé à un point qui me rende impossible l’action, je n’aurais pas confirmé Élisabeth Borne. » [l’expression employée « m’ont doté d’une majorité relative » sous entend qu’une majorité se degagera grâce à quelques elus « retournables ». Bien evidemment il pense a des elus du LR en priorité et helas, il nous semble qu’il trouvera echo souvent dans cette formation. MC]

Inflexible, le chef de l’État n’en est pas moins rattrapé par les réalités socio-économiques.

Alors que le conflit en Ukraine s’enlise, « il faut nous préparer à ce que la guerre dure », annonce-t-il, n’hésitant pas à parler « d’économie de guerre ». La raison ? « La Russie utilise l’énergie comme une arme de guerre, nous devons nous préparer à nous passer du gaz russe. »

Afin de « passer le pic de l’hiver », le chef de l’État appelle les Français à « entrer collectivement dans une logique de sobriété » , avec comme objectif à long terme de réduire la consommation énergétique de 10 % d’ici à 2024. Il annonce un plan en la matière dans les administrations, ainsi qu’un projet de loi pour développer les énergies renouvelables.

Par ailleurs, Emmanuel Macron a révélé sa volonté de réformer le marché européen de l’électricité. « Nous allons négocier une baisse du prix parce qu’il correspondra plus à ce qu’est le marché » , a-t-il expliqué, sans pour autant annoncer une sortie de la France de ce mécanisme.

« L’France et le France s’en sont affranchis sans attendre. Pourquoi la France ne pourrait-elle pas faire de même afin de retrouver la maîtrise des tarifs ?» lui oppose le député Fabien Roussel . Enfin, alors que le bouclier tarifaire prendra fin le 1er janvier 2023, Emmanuel Macron affiche une nouvelle logique, celle du cas par cas, « en ciblant les gens qui en ont le plus besoin ».

Sur l’emploi, le tout-libéral

Le chef de l’État résume sa feuille de route économique en trois grands axes :

  1. pas de hausse des impôts,
  2. pas de dette supplémentaire
  3. de nouvelles créations de richesse.

En la matière, Emmanuel Macron entend « tout faire en faveur du plein-emploi » et prévoir une réforme du marché du travail « au retour de l’été ». [osera-t-il mettre en avant les « UBER » ?]

D’ailleurs, pour le président, « la solidarité nationale est payée par ceux qui bossent », confirmant ainsi une réforme du RSA avec laquelle les bénéficiaires seront assujettis à 15 à 20 heures d’activité obligatoire par semaine.

Un « contrat », selon lui, dans lequel « la collectivité doit aider à remettre le pied » des chômeurs de longue durée « à l’étrier».

Pas question donc d’évoquer un partage des richesses, alors que les 500 plus grandes fortunes françaises ont dépassé la barre symbolique des 1000 milliards d’euros, en hausse de 5 % en un an.

« Le projet d’Emmanuel Macron pour les cinq prochaines années, c’est donc… de refaire les ordonnances travail, la reforme de l’apprentissage, la réforme de l’assurance-chômage et celle des retraites. Un disque rayé ou un aveu d’échec ?» tance Boris Vallaud, le président du groupe PS à l’Assemblée.

Sur les retraites, sujet sensible dans l’ opinion publique, le chef de l’État appelle les oppositions au consensus, tout en maintenant que les Français « devront travailler plus et plus longtemps ».

« C’est cocasse, il veut des compromis, mais on ne peut pas discuter de ce qu’il appelle la nécessité de travailler jusqu’ à 65 ans. Les gens comme moi n’ont pas été élus pour ça », juge, pour sa part, le député Alexis Corbière (FI).

Enfin, sur la question de la hausse des salaires, bien qu’ Emmanuel Macron annonce des revalorisations dans les branches où le salaire minimal se situe en dessous du Smic, « la majorité se refuse de parier de cette question centrale », rappelle le député Pierre Dharréville, alors que le projet de loi sur le pouvoir d’achat est actuellement à l’étude à l’Assemblée nationale.

En minorité politique, mais rien à négocier

« Un coup de chaud nocturne ». Telle est l’expression, énième mépris du vote des parlementaires, employée par le chef de l’État pour qualifier le rejet du deuxième article du projet de loi sur « les mesures de protection face au Covid » .

Un texte adopté par 221 voix contre 187, mais amputé de plusieurs dispositions, dont ce fameux article qui instituait la possibilité de rétablir le passe sanitaire aux frontières ainsi que pour les voyageurs revenant d’outre-mer.

Les députés de la Nupes, du RN et de LR ont voté contre, et le ministre de la Santé, François Braun, a également dû se résoudre à accepter d’étudier la réintégration des soignants non vaccinés, alors que l’hôpital craque de tous bords. « J’entends les questionnements », a-t-il déclaré, promettant de « consulter les autorités scientifiques et éthiques ».


Benjamin König, Naïm Sakhi (Extraits)


Une réflexion sur “Après le défilé,

  1. bernarddominik 15/07/2022 / 18:46

    Sur les 3 points: pas de hausse d’impôt pas de dette supplémentaire plus de création de richesses je suis tout à fait d’accord, la France est le pays où l’état prélève la plus grosse partie des revenus avec une adition particulièrement salée à partir de 2000€ mensuel (on passe de 11 à 30% le plus gros saut de prélèvement de toutes les tranches). Et on est passé d’un des pays les plus productifs à une productivité moyenne en quelques années. On manque de main d’oeuvre avec 8% de chômeurs et presque le double d’inactifs (radiés où jamais inscrits adeptes des minimas sociaux). La retraite à 65 ans? Oui pour les bureaucrates non pour les travaux réellement pénibles. Travailler en échange du RSA? Pourquoi pas car la question n’est pas illégitime de savoir si c’est à la collectivité de financer l’inactivité.

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