Panne de malade à l’agence du médicament.

Voilà un « crash » dont l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) ne s’est pas vantée.

Du samedi 25 au jeudi 30 juin, une bonne partie de son système informatique est tombé en rade à la suite d’une opération de maintenance sur des joujoux vieillissants. Messagerie interne plantée, logiciels en carafe : ce black-out a fait souffler un joli vent de panique…

Car l’agence de sécurité sanitaire prend chaque jour des décisions urgentes – et parfois vitales -, qui exigent une tuyauterie informatique en parfait état de marche. Si un malade du cancer a besoin d’un traitement qui n’est pas encore approuvé, par exemple, les toubibs qui le soignent doivent demander une autorisation à titre « compassionnel » en se connectant à e-Saturne, une application de l’agence.

Laquelle appli a planté en beauté…

Même chose pour les toubibs qui veulent déclarer des effets indésirables graves sur des médocs, des vaccins et surtout lors des essais cliniques, comme le décès survenu dans l’affaire Biotrial : tout passe par réseau informatique. A condition que les tuyaux ne soient pas coupés…

Après des journées de pagaille totale, la directrice de l’agence, Christelle Ratignier Carbonneil, a adressé, le 30 juin, un mail à ses troupes, sur un ton légèrement désabusé : « La situation est préoccupante (…). Les tentatives de ces derniers jours afin de relancer l’ensemble des systèmes et applications n’ont pas été concluantes. »

Bonne nouvelle, tout de même : « L’application e-Saturne est à nouveau opérationnelle. » Ouf ! Pour le reste, ça bricole sec : « Nous allons probablement devoir redémarrer les services les uns après les autres. » Et le bout du tunnel, soupire la patronne, est encore loin : « Nous ne pouvons à ce stade vous indiquer de calendrier ni de date de fin de l’accident », qui « perturbe largement l’activité de l’agence ». Rassurant…

Applis à plat

L’ANSM a claqué des dizaines de millions d’euros, ces vingt dernières années, pour améliorer son système informatique. Sans grand résultat. Parmi les prestataires de haute volée sollicités par nos as de la sécurité sanitaire : Capgemini, qui est décidément partout, comme l’a détaillé « Le Monde » (2/7). En janvier 2017, le cabinet de conseil a raflé deux marchés d’assistance informatique auprès de l’agence, pour 4,7 millions d’euros. Rebelote en septembre 2017, avec un marché de 3,5 millions, puis en décembre 2020, avec 2,2 millions supplémentaires. En février dernier, l’ANSM claquait encore 2,6 millions d’euros avec un autre prestataire, dans l’espoir d’améliorer ses « infrastructures ». Une réussite.

Mardi 5 juillet, le bazar continuait mais « l’incident (était) en cours de résolution », assurait la patronne de l’ANSM au « Canard ». « Les professionnels de santé ont pu nous appeler. Nous aurons bien sûr un Retex (sic, retour d’ex­périence) pour identifier ce qui s’est passé ».

Y a qu’à consulter les consultants… 


Article signé des initiale I. B. Le Canard Enchainé. 06/07/2022


Une réflexion sur “Panne de malade à l’agence du médicament.

  1. bernarddominik 13/07/2022 / 15:56

    Ce n’est qu’un début. On est passé d’une informatique basée sur la gestion des ressources et donc pour laquelle les requêtes qui ne pouvaient être satisfaites immédiatement étaient mises en file d’attente, à une informatique où les ressources sont considérées comme infinies, et donc en cas d’afflux ou du dérapage d’un programme, il y a un déni de service. L’informatique va devoir revenir à des pratiques plus saines, tout en gardant des applications événementielles, ce qui signifie une évolution des logiciels et des bases de données

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