Yaël Braun-Pivet, mais c’est qui ?

Sans avoir l’air d’y toucher, cette mère de famille s’est hissée avec aisance au perchoir de l’Assemblée.

Elle arrive le matin, c’est comme une chanson de France Gall, ça donne envie de positiver », a raconté un fonctionnaire de l’Assemblée à « Libé » (4/2).

C’est l’une des grandes forces de Yaël Braun-Pivet, première femme présidente de l’Assemblée nationale : elle est gaie, optimiste, pêchue.

Quand elle a prononcé son discours d’intronisation, elle a fait briller ses yeux, a parlé de sa famille, de ses enfants, de son grand-père paternel, venu de Pologne, de sa mère, enfant de la DDASS, de cette France à laquelle elle doit tout. Elle a montré une maîtrise consommée du rituel républicain un peu creux, avec un petit mot pour les socialistes (Bartolone), un autre pour la droite (Debré), sans oublier Simone Veil et un clin d’oeil au MoDem avec un hommage un brin trop appuyé à Marielle de Sarnez. Fadasse mais très sympa.

Yaël Braun-Pivet, c’est la bonne copine qu’on ne voit pas venir. La première femme à occuper le perchoir a abandonné toute vie professionnelle pendant dix ans pour suivre son mari, cadre chez L’Oréal, à Taïwan, au Japon et au Portugal. Elle a été avocate chez le pénaliste Hervé Temine, a fondé ensuite son propre cabinet, puis tout lâché pour élever ses cinq gosses. Carriériste, elle ? Volontiers rieuse, elle se laisse claquer la bise par le député communiste Stéphane Peu lors de son premier déplacement de présidente de l’Assemblée à la Maison des femmes de Saint-Denis. « Bon courage ! » ne peut-il s’empêcher de lui lancer.

La niaque, elle l’a, elle l’a

Bien sûr que non, ils ne l’ont pas vue venir. Yaël Braun-Pivet est un as pour masquer son ambition. Elle raconte volontiers que, en 2017, elle a appris sa désignation comme candidate LR-EM dans les Yvelines quand elle faisait le marché non loin de son domicile, à Chanteloup-les-Vignes.

Une grande fille toute simple qui privilégie les joies de la vie de famille. « Elle est très forte, Yaël, pour nous faire croire que tout lui tombe dessus comme ça, alors qu’elle candidate chaque fois, est très méthodique et se remue dans l’ombre pour obtenir les postes », se marre un cadre du parti présidentiel. A peine élue députée, en 2017, la voilà qui postule pour la très prestigieuse présidence de la commission des Lois.

Même ceux qui l’apprécient se pincent. « Elle débarquait, c’était manifeste. Elle avait beau être avocate, elle était d’une incompétence crasse en droit public et constitutionnel. Elle a appris vite, mais c’était gonflé », se souvient un député macroniste.

Après avoir obtenu cette commission, la voilà qui lorgne (déjà) la présidence, mais c’est Richard Ferrand qui est désigné. Interrogée sur le fait que la commission des Lois mène parfois à un poste de ministre, elle fait son super sourire, roule de grands yeux et assure : « Je n’ai pas d’ambition personnelle. » S’il y en a un qui n’y croit pas, mais alors pas du tout, c’est Ferrand.

Le vieux briscard l’a reniflée, et ne s’y est pas trompé : cette boule de bienveillance est une menace. Il la rabroue publiquement, en juillet 2017, quand elle cafouille quelque peu : « Ça flotte ! Quand tu ne sais pas quelle est la procédure, ne fais rien, tu ne peux pas faire n’importe quoi ! » Par la suite, il ne cache pas son envie de raboter les prérogatives de la commission des Lois, où trône son ennemie, se gausse de ses premières erreurs, comme lorsque, croyant son micro fermé, elle s’agace face à son groupe présidentiel « qui dort », « vautré ».

Est-ce en raison de cette rivalité qu’elle n’est guère reçue à l’Elysée ? Fragilisée à ses débuts par ses lacunes, elle choisit pourtant d’obéir aveuglément à l’exécutif lorsque éclate l’affaire Benalla. Elle refuse certaines auditions réclamées par l’opposition, comme celle d’Alexis Kohler, torpille la commission d’enquête, et, quand les auditions s’arrêtent, elle n’écrit pas le moindre rapport. Du bon boulot de godillot.

Ambition futée

Elle peaufine beaucoup son image sociale, elle qui a oeuvré quatre ans aux Restos du coeur. «Après des années à travailler pour les plus démunis, j’ai eu envie de porter leur voix d’une autre manière, pour leur être encore plus utile », déclare-t-elle, tout juste élue. Touchant, mais, quand les subventions aux contrats aidés, qui permettent entre autres de rémunérer les auxiliaires de vie scolaire s’occupant des élèves handicapés, sont brutalement diminuées, à l’automne 2017, on ne l’entend plus.

Nommée ministre des Outre-Mer en mai, elle s’extasie — « C’est le plus beau portefeuille qui soit » —, alors qu’elle s’activait pour obtenir la Chancellerie.

Elle abandonne fissa ce ministère quand elle réalise que le perchoir est à sa portée, Ferrand ayant été défait dans le Finistère. A l’en croire, elle cède à la pression populaire : Yaël, c’est la cata, on a besoin de toi.

Quand elle a quitté les Restos du coeur pour rejoindre l’Assemblée, son équipe lui a offert une petite trousse sur laquelle on pouvait lire : « J’ai tout ce qu’il faut pour viser plus haut ».


Anne-Sophie Mercier. Le Canard Enchainé. 06/07/2022


Une réflexion sur “Yaël Braun-Pivet, mais c’est qui ?

  1. jjbadeigtsorangefr 13/07/2022 / 17:58

    Pas une oie blanche perchée à l’assemblée, elle connaît le système et sait en profiter.
    Saluons la performance: une femme au perchoir.

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