Dans les petites largeurs

Même si l’Élysée et Matignon font répéter à l’envi que le nouveau gouvernement est « assez large », il n’est pour autant en rien synonyme d’« élargissement ».

L’effectif est, certes, passé de 27 à 41 membres, mais les nouveaux entrants ne repoussent pas, comme espéré, les frontières de la Macronie.

Les consultations pour recruter chez les opposants n’ont rien de rien donné. Macron se retrouve avec presque autant de ministres qu’il lui manque de députés pour sa majorité absolue perdue, qu’il n’a pas retrouvée.

Malgré une com’ appuyée, il n’a pas réussi à recruter un seul élu LR, PS, PC ou EELV susceptible d’entraîner du monde dans son sillage. Et la seule prise de guerre affichée, celle, éruptive, de Damien Abad, qui datait du premier gouvernement Borne, n’aura pas duré longtemps. Sous le coup d’une enquête préliminaire pour viol, l’ancien président du groupe LR à l’Assemblée a été, sur insistance de la Première ministre, promptement écarté afin de pouvoir « [s]e défendre sans entraver le fonctionnement du gouvernement ». Lequel ne manque pas d’entraves, assurément.

Sans ralliés ni transfuges, Macron a donc pris acte de cette incapacité à élargir sa majorité avec des députés d’opposition. Et décidé de renforcer le gouvernement existant en bétonnant son propre camp. Après avoir fait répéter, pour tenter de banaliser l’affaire, qu’il s’agissait d’abord d’acter la sortie des trois ministres battues aux législatives et de les remplacer, l’Élysée a parlé de remaniement «technique », faute d’avoir trouvé le moyen qu’il soit plus tactique et politique. Il l’est bien sûr un peu, mais seulement en circuit fermé.

Juste pour calmer les acrimonies des désormais indispensables alliés de la Macronie, que la conscience de leur nécessité rend sourcilleux. Un dosage d’apothicaire, donc, pour des tranquillisants appropriés : trois postes de plus pour apaiser les aigreurs de Bayrou, qui en venait à dézinguer Borne. Des postes également pour éviter des éruptions à Edouard Philippe et son parti, Horizons. Et, surtout, un traitement pragmatique et fortifiant pour que le « gouvernement d’action » seriné soit un gouvernement en mesure d’agir.

Et de se mettre au travail sans plus tarder, dans une situation dont l’absence de vraie majorité, si elle n’est pas la moindre, est loin d’être la seule difficulté.

Car, si la situation de la Macronie est compliquée, celle du pays l’est aussi. Avec une dette, une inflation et des taux qui n’ont pas fini de grimper, sans oublier la crise climatique et une septième vague de Covid qui commence à déferler, il s’agit évidemment d’y remédier sans plus traîner.

Après une première motion de censure et sa déclaration de politique générale, ce mercredi, Elisabeth Borne, même sans solliciter la confiance des députés, va devoir, selon la formule consacrée, la mériter. Et, à défaut de celle de l’opposition, trouver celle du pays. Avec une nouvelle équipe dont la nomination, entre la promotion des poids lourds et l’arrivée de ministres techniques, mais aussi quelques couacs symboliques sur la parité ou le recul de l’Écologie dans l’ordre protocolaire, suscite encore plus d’une interrogation, ce n’est pas gagné d’avance.

C’est dire, pour en revenir à l’élargissement raté, qu’au moment où une partie du pays s’apprête à prendre le large l’exécutif va devoir jouer serré.


Erik Emptaz. Édito. Le Canard Enchainé. 06/07/2022