Detruire les mâles…

Certaines ont uniquement ce désir et autres applaudissent sous prétexte que c’est mieux ainsi…

Depuis le début du mois, l’industrie volaillère est sommée d’installer des machines pour détecter le sexe des poussins à travers leur coquille. Objectif : tuer dans l’oeuf les poussins mâles plutôt que de les broyer vivants entre deux rouleaux mécaniques à la naissance.

« Le Canard » (21/4/21) l’a déjà raconté : pour produire au plus bas prix des oeufs et de la chair à poulet, l’agroalimentaire a créé deux filières complètement séparées. D’un côté les poulets de chair, de l’autre les poules pondeuses. Résultat : quand on a la malchance de naître poussin mâle dans un élevage de pondeuses, on ne peut pas etre recyclé en poulet de chair, vu qu’on ne joue pas dans la même basse-cour que les poulets issus d’une souche à viande, spécialement sélectionnés pour prendre du poids à tout berzingue. Il y a six ans, déjà, le ministere de l’Agriculture avait promis d’en finir avec cette pratique barbare, dénoncée dans des vidéos chocs par l’association de défense des animaux L214. Le décret d’interdiction a enfin été pondu en février dernier, l’industrie de l’oeuf ayant freiné des quatre serres au motif que le sexage in ovo va coûter 50 millions d euros par an.

D’ailleurs, le décret laisse la possibilité aux couvoirs de broyer du poussin jusqu’au 31 décembre 2022, le temps de s’équiper en matériel d’ovosexage. Soit des caméras hyperspectrales, qui permettent de déterminer le sexe à travers la coquille selon la couleur du duvet de l’embryon. Pour nos 50 millions de poussins zigouillés mécaniquement chaque année, cela fait un an de perdu’en comparaison de l’Allemagne. Cerise sur la coquille : en cas d’infraction, l’amende plafonne à 1 500 euros, avec peu de risques de se faire attraper — vu le nombre rachitique d’inspecteurs vétérinaires, seulement 1 % des élevages peuvent être contrôlés chaque année.

Lueur d’espoir, en revanche, pour tous les poussins européens : 18 ONG, menées par L214, demandent désormais l’interdiction du broyage dans toute l’Europe. Une mesure qui pourrait figurer dans le texte sur le bien-être animal que Bruxelles prépare pour 2023. Et qui concernerait également les canetons ! Un cauchemar en perspective pour l’industrie du foie gras. Actuellement, une femelle qui a le malheur de naître dans cette filière est écrasée vivante à la naissance parce qu’elle a un foie plus petit que celui du mâle et que son gavage est donc moins rentable. Chaque année en France, 10 millions de canettes finissent ainsi à la broyeuse.

Tout cela file la chair de poule…


Article non signé. Lu dans le Canard Enchainé. 29/06/2022


Laisser un commentaire