L’Écologie sauce réac !

L’écologie est-elle réellement un angle mort de l’extrême droite ?

  • La nature ? Elle légitimise la supériorité des hommes sur les femmes.
  • Défendre l’environnement ? C’est défendre son territoire.

Volontiers climatosceptique, voire carrément anti-écolo, l’extrême droite cultive pourtant un rapport particulier à la nature, que l’on retrouve chez des idéologues du IIIᵉ Reich comme, aujourd’hui, chez certains intellectuels réactionnaires français.

Au point que certains groupuscules s’emparent de la protection de l’environnement comme un moyen de préserver leur race, leur culture, leur civilisation…

Le jeune chercheur en sciences sociales Antoine Dubiau publie Écofascismes, un essai qui revient sur l’ « histoire des récupérations fascistes de l’écologie » et propose des pistes pour les éviter dans la lutte contre le changement climatique.

Comment les idéologues réactionnaires français se sont-ils intéressés à l’écologie ?

Antoine Dubiau. Dans les années 1970, l’écologie provoque scepticisme et dénigrement chez les conservateurs. Un tournant a lieu dans la décennie suivante, alors que les questions environnementales s’installent dans le débat public : une petite partie de l’extrême droite trace un parallèle entre la protection de l’écosystème et celle de la civilisation.

Selon ces théories, les cultures humaines sont une émanation de la nature. Pour protéger leur identité, il faut donc protéger la nature. C’est ce que défendaient déjà les idéologues nazis, pour qui la « race germanique » provenait du sol allemand.

 […]

Quelle fonction la nature occupe-t-elle au sein des idéologies d’extrême droite ?

Antoine Dubiau. Le mot « nature » est utilisé dans un sens métaphorique. Dans les doctrines réactionnaires, elle sert à justifier l’ordre social en place : la supériorité des hommes sur les femmes serait biologique, donc « naturelle », comme celles des Blancs sur les autres races, l’homosexualité ou la transidentité seraient « contre-nature », etc.  […]

Qui sont alors les « écofascistes » ?

Antoine Dubiau. Ceux que l’on nomme « écofascistes », qui forment un groupe minoritaire au sein des idéologies réactionnaires, dépassent ce stade métaphorique et prônent la défense de l’environnement, sur lequel repose cet ordre social afin de le maintenir en place. Ils veulent revenir à une société de communautés locales autarciques, fermées aux arrivées extérieures. Un terme important de leur idéologie est l’enracinement, qui se rapproche de l’idée des populations de « souche » qui auraient la primauté sur un territoire.  […]

La mouvance survivaliste est-elle une forme d’écologie d’extrême droite ?

Antoine Dubiau.  […] Les partis comme le Rassemblement national défendent encore largement le mode de vie occidental fondé sur les énergies fossiles, ce que l’historien des sciences Jean-Baptiste Fressoz nomme « carbo-fascisme », ou que le groupe suédois Zetkin Collective appelle « fascisme fossile ».

En parallèle de ce que vous appelez « l’écologisation du fascisme » se développe, selon vous, une « fascisation de l’écologie ». Quelle est-elle ?

Antoine Dubiau. C’est la tentation d’une écologie autoritaire et technocratique pour résoudre le problème climatique. Le philosopheAndré Gorz parlait d’« expertocratie », une gouvernance par les scientifiques. Mais la science n’est pas prescriptive, elle est descriptive.  […]

Comment éviter ces récupérations ?

Antoine Dubiau. D’abord, par une clarification du discours écologique. Notamment vis-à-vis de la modernité, qui ne peut être rejetée par principe. L’agriculture industrielle et les hôpitaux sont deux formes de la modernité, mais leur déploiement n’a pas du tout le même impact. Le discours anti-modernité tenu par certains écologistes se retrouve dans les théories complotistes contre les vaccins, avec des conséquences sanitaires graves. C’est la même chose pour le rapport à la technologie : il faut en regarder les effets, au cas par cas.

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Romain Jeanticou. Télérama. Source (Extraits)


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