Article dédié à…

… une vieille dame appelée Académie nationale de pharmacie.

Dans un document d’avril 2019, celle-ci écrit : « Arpin-Pont et al. (2014) ont édité une revue de la littérature sur ce thème indiquant qu’environ 190 RdM [résidus de médicaments, ndlr] ont fait l’objet de recherche dans les eaux marines. Les molécules les plus souvent détectées sont des antibiotiques (érythromycine, sulfaméthoxazole et triméthoprime), un anti-épileptique (carbamazépine), un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) l’ibuprofène et le paracétamol (1). »

Autre citation : « La revue de Gaw et al. (2014) indique que les concentrations des 113 RdM détectés dans les eaux côtières varient entre 0,01 et 6 800 ng/l [nanogramme par litre, ndlr]. Vingt molécules apparaissent dans plusieurs études : paracétamol, aténolol, carbamazépine, clarithromycine, diclofénac, 17a-éthinylcestradiol, érythromycine-H20, gemfibrozil, ibuprofène, kétoprofène, naproxène, norflôxacine, oxafloxacine, propranolol, roxithromycine, sulfadiazine, sulfadimidine, sulfaméthoxazole, triméthoprime, tétracycline ».

Et encore : « Les RdM sont présents au côté d’autres micropolluants comme des pesticides, des produits d’usages domestique et industriel. Le niveau de connaissance est encore faible sur les métabolites et produits de transformation. »

Une façon polie et très académique d’avouer que l’on ne sait absolument rien.

Quelques années plus tôt, en 2008, le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) analysait les eaux de l’estuaire du Gouét, entre Saint-Brieuc et Plérin (Côtes-d’Armor).

Preuve que les marées vertes locales ne sont pas le seul problème des plages, son rapport notait : « Les résultats obtenus dans l’estuaire du Gouét présentent de forts niveaux de concentration. Les composés, retrouvés systématiquement dans tous les échantillons, sont à des teneurs très élevées (carbamazépine entre 500 ng/l et 1 000 ng/l, oxazépam entre 1 000 ng/l et 2 200 ng/l). De nombreux composés, comme les bêtabloquants (aténolol, métoprolol, propranolol) ou les anti-inflammatoires (naproxène, diclofénac) sont présents à des teneurs de l’ordre de la centaine de ng/l. Les hypolipémiants (acide fénofibrique, gemfibrozil…) et les antidépresseurs (lorazépam, zolpidem) sont mesurés à des concentrations de l’ordre de la dizaine de ng/l. »

Un an plus tard, en 2009, l’institut public Ifremer pondait lui aussi son petit rapport, pour dire : « Les réglementations actuelles ne prennent pas en compte les rejets médicamenteux dans le milieu. Une partie de ces composés n’est pas éliminée dans les stations d’épuration tandis que les produits à usage vétérinaire sont directement dispersés dans l’environnement. Certaines de ces molécules sont observées à de fortes concentrations. »

Pour ceux qui n’auraient pas saisi, cet ajout : « Pour déterminer le risque environnemental sur les écosystèmes, il apparaît explicitement que les connaissances actuelles sur les effets écotoxicologiques de ces substances sont insuffisantes. »

On fera grâce ici des multiples études internationales qui racontent la même histoire. Les résidus médicamenteux sont partout, mais comme on ne sait pas quoi faire, on ne fait rien. Malin.


Fabrice Nicolino. Charlie Hebdo. 29/06/2022


1. acadpharm.org/dos_public/Rapport_Medicaments_Environnement_2019.04.24_VF.pdf


3 réflexions sur “Article dédié à…

  1. bernarddominik 04/07/2022 / 12:46

    Déjà baisser le consommation de médicaments, il y a des médicaments pour tout, même quand on est en bonne santé.

  2. jjbadeigtsorangefr 04/07/2022 / 16:10

    Pourquoi absorber des médicaments alors qu’il suffirait d’un bain de mer pour en bénéficier ?
    Plaisanterie mis à part, nos poissons en regorgent et les effets sur l’être humain ne sont même pas étudiés…
    Nous nous autodétruisons.

Laisser un commentaire