Tous ? Oui tous !

Les fleuves recrachent leurs effluents «  chimiques » en mer.

L’exemple de la Seine frappe d’autant plus qu’elle traverse Paris et Rouen, avant de se jeter dans la Manche entre Le Havre et Honfleur. Les deux ont évidemment le Pavillon bleu. Comme dit le maire de Honfleur (sa ville est dans l’estuaire), « ce label récompense le travail accompli par la collectivité pour préserver l’environnement ». C’est d’autant plus réconfortant que l’estuaire est en réalité bourré de cochoncetés, comme en attestent d’ailleurs des documents officiels.

D’abord les redoutables polychiorobiphényles (PCB), qu’on appelle aussi pyralènes, du nom commercial d’un produit Monsanto. Certaines des 209 molécules distinctes de cette grande famille (dont 12 de type dioxine) sont si stables qu’on en retrouve(rait) encore la moitié 2 700 ans plus tard. Les PCB font partie de la peu enviable liste des polluants organiques persistants (POP), pour la raison qu’ils sont indestructibles, cancérogènes, reprotoxiques (« repro » pour « reproduction ») perturbateurs endocriniens, etc. Oui, il y a un et cætera.

Dans la Seine, ils viennent d’activités oubliées depuis des lustres (l’usage des PCB est interdit depuis 1987), mais l’eau comme les sédiments en contiennent. Beaucoup. L’anguille en renferme la somme astronomique de plusieurs milliers de microgrammes par kilogramme de poids frais (1). La brème, le bar, l’éperlan, le gardon, la perche, le sandre et la sole sont eux aussi farcis, mais chut ! faut pas faire fuir le vacancier.

De même pour le plomb et d’autres polluants historiques, liés à un siècle d’industrialisation massive le long de la Seine. Si l’on veut avoir une idée de la folie ambiante, on peut se rapporter à un document officiel (2) : le tableau 17, page 26, sur 52, dévoile une partie des cartes. Une (faible) partie seulement, car nul n’a osé entreprendre une véritable enquête, qui prendrait en compte les milliers de molécules différentes de pesticides, de microplastiques, de médicaments, de cosmétiques, de PFAS, etc. On comprend.

Pas (totalement) cinglée, la préfecture de Seine-Maritime interdit la pêche à pied autour de l’embouchure des fleuves, à l’entrée des ports, près des centrales nucléaires de Paluel et de Penly. Dans ces conditions, faut-il croire que la côte si cotée (Deauville-Trouville, par exemple) est à l’abri?

Par quel miracle la Seine épargnerait ses poisons si près de son estuaire ? On ne trouve que ce que l’on cherche et l’on ne cherche pas. Au moment où ces lignes sont écrites, le dragage du port de Deauville vient de commencer.

Tous les ports, tous les estuaires y ont droit. Il faut maintenir ouverts les chenaux de navigation et retarder à la Shadok l’inévitable envasement. Il s’agit en la circonstance d’extraire 60 000 m3 de sédiments grâce à un bateau spécial, avant d’aller rejeter le tout en mer, à 5 km au large.

Heureusement que la mairie contrôle le vent, la houle, les marées, les courants, car ces sédiments sont fatalement pleins de polluants. Impossible qu’ils reviennent sur les Planches, cette immense plage célèbre pour ses cabines de bain. Interdit.


Fabrice Nicolino. Charlie Hebdo. 29/06/2022


  1. seine-maritime.gouv.fr/content/download/7171/49969/ file/25 questions PCB_clela71de-l.pdf
  2. seine-avalfr/wp-content/uploads/2017/12/3-6-Dvptindustriel-et-qualit%C3%A9-des-eaux.pdf

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