Lire, comprendre, accepter l’humanité…

… tel qu’il s’est créé et non pas tel qu’il a été créé.

Il a longtemps été imaginé qu’Homo sapiens avait conquis l’ensemble de la planète en prenant aisément la place des autres espèces au fur et à mesure de sa progression, en contribuant à leur extinction ou en les absorbant.

Cette conception se basait aussi en partie sur des a priori erronés, que notre espèce serait supérieure aux autres ou que l’évolution humaine serait rectiligne, qu’il ne pourrait à la fin subsister qu’un seul taxon. En réalité, les derniers 100 000 ans sont finalement la période pour laquelle la diversité humaine est la plus grande. La lignée humaine n’est plus, il s’agit bien d’un buisson.

Bien que nous ne soyons maintenant plus qu’une espèce sur Terre. Cet état de fait a suscité de multiples suggestions en termes d’ex­plications. La disparition d’Homo neanderthalensis, l’es­pèce connue depuis le plus longtemps, en est une bonne illustration, mais l’histoire s’est répétée pour toutes les autres qui furent contemporaines de Homo sapiens.

Les théories ont été multiples, entre métissage complet avec nous, une infériorité comportementale qui leur fut fatale, une fécondité défaillante, l’impact d’un virus apocalyptique, l’incapacité de s’adapter à un monde changeant ou à la compétition avec notre espèce.

Ces hypothèses ont toutes des faiblesses, ne pouvant être testées sur la base des données disponibles ou étant incompatibles avec l’état des connaissances. D’autant qu’il ne faut plus tenter d’expliquer la disparition d’un groupe humain, mais bien l’extinction d’une poignée d’espèces.

Un début de réponse vient de la biologie, un autre de l’observation de notre propre histoire.

Une espèce vivante est comme un organisme. Elle naît, croît, connaît son apogée, puis vieillit et meurt. L’image est assez juste, toutes les espèces vivantes ont pour finalité de disparaître un jour.

Les espèces humaines du passé ont été confrontées à des modifications de leur environnement, elles se sont adaptées biologiquement et ont certainement aussi su modifier leurs comportements. Mais les contraintes naturelles étaient fortes, leur diversité peut tout à fait justifier l’extinction de groupes humains s’étant tous épanouis pendant des centaines de milliers d’années.

L’apport à ce propos de l’étude d’Homo sapiens se cache dans les gènes des humains actuels et dans les informations révélées par les fossiles anciens qui ont pu être séquencés. Il apparaît que tous les fossiles de notre espèce antérieurs à 50 000 ans sur l’ensemble de l’Eurasie n’ont pas contribué au patrimoine génétique actuel, ils ne sont pas nos ancêtres.

La paléogénétique révèle qu’il aura fallu d’autres expansions hors d’Afrique, ultérieures à cette époque, pour trouver des individus fossiles qui nous sont liés.

Homo sapiens a aussi failli disparaître. Nos représentants en Europe et en Asie jusqu’à il y a 50 000 ans ont tous succombé sans descendance sur le long terme.

Nous avons été sauvés par ceux qui étaient restés en Afrique, qui petit à petit se sont à nouveau distribués sur le reste de l’ancien monde à une époque à laquelle les autres espèces humaines avaient peut-être disparu, ou presque.


Antoine Balzeau – Brève histoire des origines de l’Humanité. Ed Tallandier. 315 pages.