Épurez, épurez, il en restera toujours quelque chose

Qui contrôle les stations d’épuration ?

Personne. Elles sont 22 000 en France, de la plus petite à la plus colossale, celle d’Achères, en région parisienne. Il est même impossible de savoir combien de milliers sont gérées par nos transnationales exemplaires, Veolia, Suez ou Saur.

Tel service de presse (Suez) refuse de répondre à la moindre question. Tel autre (Veolia) fait semblant, avant de se rétracter. Mesdames Bouchoux et Rous, encore merci.

On peut tout de même affirmer que le système repose sur des normes singulières, puisqu’on exige seulement des recherches élémentaires sur les matières en suspension, la demande biochimique en oxygène, la demande chimique en oxygène. Le reste, c’est-à-dire l’immense pollution chimique des eaux, passe à l’as.

Le comble, sans doute, est que la police de l’eau est aux abonnés absents. L’Office français de la biodiversité (0FB), censé surveiller et dresser des procès-verbaux, informe Charlie qu’il n’y a pas trace de contravention. 22000 stations, pas une prune, c’est le paradis. Pour eux.

Pour nous, c’est un peu différent : le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) note sobrement en 2018 que « les effluents des eaux usées traitées sont également des sources clés de microplastiques, ce qui implique que les usines de traitement des eaux usées n’ont pas la capacité de les filtrer (1) ». Ce qui est d’autant plus intéressant que les microplastiques agrègent par affinité chimique de nombreux autres polluants lourds.

On peut par ailleurs jeter un œil averti sur cette étude anglaise, elle aussi de 2018 (2). Ses auteurs ont étudié les résultats de six stations d’épuration. Et découvert qu’elles étaient la source d’une contamination par les microplastiques. On en trouvait plus en aval (après traitement) qu’en amont des stations (avant traitement).

Citation des auteurs : « Le fait que la quantité de microplastiques présente dans les eaux réceptrices était plus importante en aval de chacune des six stations d’épuration étudiées confirme que les effluents d’eaux usées traités sont une source clé de microplastiques. »

L’explication est simple : les plastiques arrivent directement d’une source polluée (par exemple, une entreprise), sans passer par la rivière. Et les stations ajoutent donc à la toxicité qu’elles sont censées combattre. Reste à faire la même étude sur les médicaments, les cosmétiques, les pesticides, les PFAS, etc. En l’an 3000 ?


Fabrice Nicolino. Charlie Hebdo. 29/06/2022


  1. unep.org/fr/actualites-et-recits/recit/les-stations-depuration-une-surprenante-source-de pollution par-les
  2. link.springercom/article/10.1007/s11356-018-2070-7 (en anglais).

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