Cessez de nous pomper

Ils se fichent de nous, nos pétroliers.

Ils s’en mettent plein les poches, mais conjurent les Français de consommer moins, un comble !

Foin des profits, l’heure est grave, la pénurie menace, cessez d’acheter nos produits !

Patrick Pouyanné, le pédégé de Total, signe (avec Jean-Bernard Lévy, son homologue d’EDF, et Catherine Mac Gregor, la directrice générale d’Engie) un appel alarmiste dans le « JDD » (26/6). Son titre est impayable : « Le prix de l’énergie menace notre cohésion ». Trop drôle.

Le prix de l’énergie, pour l’heure, gonfle surtout le porte-monnaie de Total.

L’année 2021 avait déjà été prometteuse : 16 milliards de dollars de bénéfices, pas loin du transporteur CMA CGM. La rémunération annuelle du patron avait flambé, augmentant de 52 % (5,9 millions d’euros). La boîte vient d’engranger plus de 4 milliards d’euros de bénéfices en trois mois.

Total peut espérer dépasser les 20 milliards dans l’année. La guerre en Ukraine n’est pas une tragédie pour tout le monde. L’embargo sur le pétrole russe surenchérit le cours du brent et fait exploser les marges du raffinage.

Résultat : les consommateurs en prennent plein la pomme en allant à la pompe, le gouvernement dépense des fortunes pour son bouclier tarifaire, version 2022 du tonneau des Danaïdes, l’inflation grimpe et les salariés de Total et les autres réclament que les salaires suivent, ainsi qu’un plan pour sauvegarder leur pouvoir d’ achat ! Il a raison, Pouyanné, la bonne fortune des pétroliers met à mal la cohésion sociale.

Faut-il, en conséquence, comme en Italie , en Espagne et en Grande-Bretagne, taxer les super-profits des profiteurs de crise et, de façon plus large, des champions du CAC 40, qui ont connu en 2021 une année exceptionnelle, vu leur endettement se réduire et leurs béné­fices s’envoler (158 milliards d’euros au total) ? Pas pour l’heure, répond l’exécutif macroniste.

Le Maire demande juste un petit effort supplémentaire sur les prix à la pompe. Ça tombe bien, Pouyanné avait prévu 10 centimes de ristourne en juillet-août sur les stations d’autoroute. Pour Bercy, ce n’est pas aux profiteurs de payer mais à l’utilisateur de se discipliner, comme dans les années Giscard.

Il n’a qu’à consommer moins, la demande baissera et la planète s’en portera mieux. En France, on n’a pas d’énergie fossile et le nucléaire est à la ramasse, mais on a des idées. Le gouvernement a déjà fixé l’objectif : réduire de 10 % la consommation d’énergie dans les deux ans qui viennent. L’Europe, moins ambitieuse, elle, parle de 9 % d’ici à 2030. Le surenchérissement du pétrole n’a pas fini de pomper l’air aux consommateurs.


Article signé des initiales J.-M, Th. Le Canard Enchainé – 29/06./2022


Une réflexion sur “Cessez de nous pomper

  1. bernarddominik 03/07/2022 / 08:53

    Il ne faut pas compter sur Macron pour taxer les super profits, en revanche il n’a pas hésité à taper dans la poche des chômeurs des retraités des fonctionnaires tous ceux dont les revenus dépendent de l’état.

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