Olivia Grégoire : porte-parole du gouvernement

Elle ne fait pas dans la dentelle et pratique le débat à mains nues.

Baissez d’un ton, monsieur Ruffin !

Monsieur Ruffin, vous avez quatre minutes, je préside cette commission spéciale, je dispose d’une voix qui peut être largement supérieure à la vôtre. (…) Monsieur Ruffin, je vous demande de vous taire. » Il faut revoir cette séquence filmée, disponible sur le site de l’Assemblée nationale.

En ce jour de mars 2019, François Ruffin, député apparenté LFI de la Somme, se livre à une critique en règle de la privatisation d’Aéroports de Paris. Le sujet est d’importance, et Ruffin n’a parlé que trois minutes, mais Olivia Grégoire, très maîtresse d’école, lui tape violemment sur le museau… parce qu’il parle fort.

Dessin de Kiro – Le Canard. 29/06/2022

La vice-présidente de la commission des Finances obtient gain de cause mais fait montre à cette occasion de la souplesse et de l’humour d’un balai-brosse. « Pas sûr que la démocratie y ait gagné, pas sûr non plus que notre image en soit sortie améliorée », déplore un ancien parlementaire LRM.

La nomination comme porte-parole du gouvernement de cette diplômée de Sciences-Po et de l’Essec, députée de Paris depuis 2017, secrétaire d’Etat à l’Economie sociale et solidaire depuis 2020, a étonné pas mal de monde. Il faut dire que Grégoire a construit toute son identité politique sur le thème du bulldozer, de la fille qui « ne lâche rien », sans qu’on sache exactement ce qu’il fal­lait comprendre, si ce n’est qu’elle n’est pas du genre à laisser tomber son os.

Coup de com’

Elle se fait fort de recadrer les opposants, elle est « cash » et « [dit] ce quIelle] pense », bref, elle n’a rien contre un bon bourre-pif quand il faut aider un récalcitrant à filer droit.

« Au premier abord, c’est un coup de com’ sympa : c’est une femme, et elle ne parle pas comme tout le monde. Mais, enfin, la fonction de porte-parole exige de la finesse, du recul et une capacité au-dessus de la moyenne à parler pour ne rien dire. C’est l’essence du job depuis toujours. Et, cette fois-ci, on a nommé Cassius Clay pour faire de la dentelle », analyse le conseiller d’un ministre.

De la dentelle, peut-être, mais aussi du crochet. Et, un bon crochet du droit, ça peut servir quand on doit se dé­fendre. Une haut fonctionnaire qui l’a beaucoup côtoyée se souvient d’« une gueularde dépourvue de fond », tandis qu’un député LR-EM réélu né cache pas ses états d’âme : « Il semble évident désormais que les Français ne veulent pas nous donner de chèque en blanc pour le second quinquennat, et qu’ils veulent des compromis. Dans ce contexte où il va falloir faire ami-ami avec tout le monde ou presque pour faire passer des textes, la nomination de la « rogneuse » Olivia Grégoire est, pour certains d’entre nous, un vrai contresens. »

Avant d’être élue, Grégoire a effectué pas mal d’allers-retours entre la politique et la com’, son vrai métier. Son mi­litantisme de jeunesse à Démocratie libérale, le parti d’Alain Madelin, elle n’en parle plus guère, maintenant qu’elle a signé un livre, « Et après ? Pour un capitalisme citoyen », qui sent furieusement le coup de com’. Olivia, il faut complexifier ton message, tu vas nous pondre un truc sur la responsabilisation du capitalisme, c’est très tendance, très bon, tout ça.

Grégoire a aussi occupé un job de collaboratrice parlementaire auprès du député de Paris Claude Goasguen, avant de faire un petit tour à Matignon, à l’époque de Raffarin, et d’occuper un poste de conseillère technique chez Xavier Bertrand et Philippe Bas.

Elle a également travaillé pour des boîtes un tout petit peu problématiques, comme Avisa Partners, dont elle a été directrice associée. Le maga­zine « Fakir » a donné la parole, la semaine dernière, à une petite main de cette curieuse agence de réputation en ligne et de renseignement, qui fait aussi dans la cybersécurité.

Coup de boule

On y découvre des « articles » commandés par des clients et rédigés par des journalistes sous de fausses identités à qui on dicte, ou presque, leurs papiers. Coco, tu nous fais un papelard sur le Monténégro, tu nous expliques pourquoi il ne peut pas entrer dans l’Otan, mais surtout tu ne parles pas de la Russie, tu piges ? Ces pseudo-articles se retrouvent comme par hasard en tête des recherches sur Google.

Les clients ? Idriss Déby, Ali Bongo, Denis Sassou Nguesso, ou bien, comme l’a révélé Mediapart, des grosses boîtes du CAC 40 comme LVMH ou Danone. Gageons qu’Olivia Grégoire s’est montrée moins « cash » avec Ali Bongo et ses clients démocrates africains qu’avec l’Insoumis Ruffin.

Elle n’a jamais hésité à parler de sa vie privée sur les réseaux sociaux (l’accident de moto de son père, hospitalisé pendant des années, sa période de chômage, la naissance de sa fille, qu’elle allaite, son chien, sa vaccination contre le Covid par Olivier Véran alors qu’elle était enceinte de cinq mois, son nouveau conjoint, qui bosse dans le cinéma, sa vieille tante qui pique…) pour marteler son unique message : je suis une girl next door, j’en ai bavé pour y arriver, on ne me fera pas reculer. Le premier qui dit le contraire, c’est le coup de boule.


Anne-Sophie Mercier. Le Canard Enchainé. 29/06/2022


3 réflexions sur “Olivia Grégoire : porte-parole du gouvernement

  1. christinenovalarue 01/07/2022 / 08:08

    Madame Grégoire représente bien la macronie.
    Arrogance, incompétence, suffisance et insuffisance, plus une voix très désagréable qui offense les sens et les oreilles.
    Dehors !

    • Libres jugements 01/07/2022 / 10:37

      Sévère Christine, mais semble-t-il fort juste dans ce jugement.
      Reste que dehors… ce n’est pas l’envie qui manque de lui dire, mais certaines personnes l’ont elue… il n’y a plus qu’a attendre un prochain vote legislatif… ce qui ne saurait etre eloigné tant sans majorité (pour aucun groupe ou partis) il va etre difficile de gérer la les lois et la France.
      Amitiés.
      Michel

  2. jjbadeigtsorangefr 01/07/2022 / 23:19

    La voix de son maître façon rottweiler, et en plus elle mord !

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