Qui s’y fraude s’y pique

L’origine des ennuis judiciaires de la famille de marchands d’art Wildenstein, l’avocate parisienne Claude Dumont-Beghi vient d’être condamnée, début juin, pour la faute dont elle accusait alors ses adversaires : fraude fiscale et blanchiment… Défense de rire.

La pourfendeuse virulente de la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales cachait des fonds dans des sociétés offshore enregistrées aux îles Vierges britanniques. Un charmant confetti des Caraïbes inscrit sur la liste noire des paradis fiscaux.

« N’oublions pas que l’évasion et la fraude à travers ce genre de montages constituent le fonds de commerce des paradis fiscaux », tonnait, en 2012, la main sur le coeur, l’avocate devant une commission sénatoriale sur l’évasion des capitaux.

Me Claude Dumont-Beghi s’est fait connaître en défendant Sylvia Wildenstein, la veuve du richissime marchand d’art Daniel Wildenstein, qui accusait ses beaux-fils de l’avoir spoliée dans la succession de son mari, décédé en 2001.

En 2005, l’avocate obtenait de la justice l’annulation de la renonciation de Sylvia Wildenstein à l’héritage de son mari. Le début d’un long combat pour identifier les biens du défunt abrités par d’opaques « trusts ».

Reconnaissante, sa cliente la gratifie alors d’un modeste « cadeau d’usage » : 4,5 millions d’euros. Que l’avocate place sur un compte chez HSBC, à New York, détenu par des structures offshore immatriculées à Tortola. Opacité assurée. Jusqu’à ce que le fisc découvre le pot aux roses et porte plainte.

En 2017, l’avocate se met à table devant les enquêteurs saisis par le Parquet national financier (PNF).

En 2019, elle est condamnée à dix-huit mois avec sursis et 100 000 euros d’amende pour soustraction à l’impôt, fraude fiscale, fraude fiscale aggravée et blanchiment.

Un an plus tard, la cour d’appel non seulement confirme mais alourdit l’amende : 750 000 euros.

Sauf que les magistrats se sont embrouillé les codes. Dixit la Cour de cassation. L’avocate amie des comptes offshore n’aurait pas dû être reconnue coupable de fraude fiscale aggravée.

A l’époque des faits reprochés, ce texte ne pouvait s’appliquer. Nouveau procès. Le 1er juin, l’avocate écope cette fois d’une peine moins « aggravante » de dix-huit mois avec sursis et 100 000 euros d’amende.

Heureusement qu’il y a des « juges compétents », comme elle le proclamait devant la commission sénatoriale.


Article signé des initiales J. C. Le canard Enchainé. 15/06/2022


Une réflexion sur “Qui s’y fraude s’y pique

  1. jjbadeigtsorangefr 21/06/2022 / 14:29

    Elle était bien placée pour savoir ce qu’il fallait faire pour « optimiser » ses revenus.
    Mais voilà les juges se laissent de moins en moins impressionner et reviennent à la définition de la fraude telle que les vieux juristes l’ont toujours connue.