Gérer c’est prévoir… là, c’est loupé !

Restaus, bars, aéroports : où sont les gens qui nous servent ?

Avec l’été, de nombreux Français ont la bougeotte. Mais ils seront nombreux à s’énerver en raison des files d’attente (dans les aéroports, festivals, etc.) et restaus fermés. En cause, la réforme de l’assurance-chômage décidée par une certaine Élisabeth Borne quand elle était ministre du Travail.

Job dating, paiement à l’heure et non plus au fruit récolté, covoiturage pour réduire les frais de transport… les maraîchers de l’Aveyron, tout comme les restaurateurs du département, ne savent plus quoi inventer pour faire venir des travailleurs réticents. Mais cela ne suffira pas : de nombreux restaurants ont dû réduire leur service, par exemple le soir, ou en fermant un, voire deux, ou même trois jours par semaine.

Comme le dit l’un des professionnels, « certains employeurs ont dégradé la profession, à faire des contrats signés 43 heures, alors qu’en réalité, c’est 70, et là, on a fini de dégoûter les gens ».

Avec le Covid, les ex-employés des hôtels et restaurants se sont rendu compte qu’il y avait des métiers plus confortables. Pour une fois, c’est aux entreprises de se battre pour des salariés, et non pas aux salariés de se battre entre eux pour un emploi.

Comme un avion sans eux

Chose rigolote : non seulement vous risquez de trouver le restaurant de la plage fermé, mais en plus vous risquez de rater votre avion. Car les aéroports européens sont confrontés à une forte pénurie de main-d’œuvre, qui a déjà conduit à l’annulation de centaines de vols en Angleterre (en plein jubilé de la Reine, oh my God), à Amsterdam ou à Francfort, où l’interminable attente avant les contrôles de sécurité, faute de personnel suffisant, a fait péter les plombs à de nombreux voyageurs.

Au 20 heures de TF1 et de France 2, les seules personnes interrogées, ce sont ces malheureuses voyageuses dont les vacances sont gâchées. Mais du côté des syndicats, on rappelle que le chaos affecte d’abord les travailleurs, qui se retrouvent avec des gens qui leur hurlent dessus toute la journée. C’est pourquoi l’aéroport de Roissy était en grève il y a quelques jours, et que la chose devrait se reproduire cet été. Il y a en effet, chiffre vertigineux, pas moins de 4 000 postes non pourvus sur les plateformes aéroportuaires d’Orly et Roissy, dans la sécurité, les bagages, et les boutiques.

Comme l’explique la journaliste Cécile Hautefeuille, c’est au nom des croyances présidentielles qu’Élisabeth Borne a réformé l’assurance-chômage lorsqu’elle était ministre du Travail. Le principe était le suivant : diviser les sommes gagnées en travaillant non pas par les seuls jours travaillés, comme c’était le cas jusque-là, mais par l’ensemble de la période couverte.

Exemple : vous gagnez 1 000 en un mois, durant lequel vous avez travaillé un jour sur deux. Jusqu’alors, l’Unédic calculait votre salaire moyen en divisant les 1 000 euros par 15 jours, soit 67 euros. Désormais, l’Unédic divise les 1 000 euros par 30 jours, et obtient donc un salaire moyen de 33 euros. Or les allocations chômage sont calculées en pourcentage de ce salaire moyen. Comme il est plus faible, elles seront plus basses. C’était le but de la manœuvre.

Bref, en raison de croyances erronées concernant « l’assistanat » des chômeurs, une réforme inutile met en péril l’un des piliers de l’économie française – on estime à au moins 200 000 le nombre d’emplois vacants –, et fait des millions de mécontents. Vraiment, Macron, quel génie de l’économie !


Jacques Littauer. Charlie Hebdo Web. Source (Extraits) https://charliehebdo.fr/2022/06/economie/restaus-bars-aeroports-ou-sont-les-gens-qui-nous-servent/?utm_source=sendinblue&utm_campaign=QUOTIDIENNE%2016062022%20-%20ABONNES&utm_medium=email


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