Les législatives 2022 vues du Canada.

Quelque chose dans la démocratie française

L’élection présidentielle, puis les législatives en France mettent en exergue les insuffisances et les périls de la démocratie représentative au XXIe siècle.

Quelle est, demande-t-on souvent, la légitimité d’un parti politique qui a obtenu au premier tour le quart des voix (ce qui est la vraie mesure des appuis à un candidat ou à une formation) si, par surcroît, plus de la moitié des électeurs inscrits [environ 52,5 %] ne se sont pas donné la peine d’aller voter ?

C’est le cas des deux formations arrivées en tête et au coude-à-coude au premier tour [le 12 juin 2022] : le parti présidentiel Ensemble ! [25,88 % des voix] et la gauche coalisée derrière Jean-Luc Mélenchon sous l’acronyme Nupes [26,11 %].

Cela signifie concrètement que l’un et l’autre ont obtenu l’appui d’un huitième des électeurs inscrits.

[…]

Il y a la distorsion du vote uninominal à deux tours. Il y a l’émiettement de la société et de sa représentation. Et il y a le cri de rage d’une bonne partie de la population, qui vote “contre” et n’arrive plus à se rassembler, de façon positive, autour de quelque projet que ce soit.

Le système à deux tours, étendu en France aux élections législatives (mais avec, pour le second tour, la bizarre règle des “12,5 % des inscrits”), était censé régler ce problème en créant du consensus, de la clarté et de la légitimité. Si cela a déjà été vrai par le passé, ça ne l’est plus aujourd’hui.

Emmanuel Macron, apparemment réélu “haut la main” le 24 avril (avec 59 % des suffrages exprimés et 43 % des inscrits), souffre de toutes ces tendances combinées.

Son score du second tour à la présidentielle, très honorable si on ne regarde que les chiffres, ne reflète pas ses véritables appuis d’adhésion (28 % au premier tour, chiffre tombé, hier, à 26 % pour son parti). Nombre des gens qui l’ont appuyé au second tour votaient “contre” Marine Le Pen, pas “pour” lui.

Ce vote de dépit s’accompagnait, dans le for intérieur de nombreux électeurs, d’une rage contre celui pour lequel on était en train de voter par défaut.

Non, ce n’était vraiment pas ça, l’idée du système français à deux tours !

Ajoutons que la distorsion entre députation et pourcentage des voix, bien connue dans le système uninominal à un tour, peut être égale, voire pire, avec deux tours.

[…]

Voilà pourquoi cette grande et vieille démocratie, fondatrice de la nation moderne, incarne si bien la distance qui s’est creusée au fil des ans entre le peuple et sa représentation politique.


Article de François Brousseau, lu dans «  Le Courrier International ». Source (Extraits)


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