Une sombre relation.

L’ex-ponte du Quai d’Orsay à l’écoute des Saoudiens

Un palace parisien proche de l’Elysée, le Bristol a accueilli, le 2 juin 2022, un sacré client : Nadhmi al-Nasr.

Ce Saoudien n’est autre que le promoteur en chef d’un mégaprojet de ville futuriste baptisé « Neom ». Un modeste chantier évalué à 500 milliards de dollars (à la louche à caviar) et lancé par Mohammed Ben Salmane, alias MBS, le prince héritier du royaume wahhabite.

Al-Nasr, ce jour-là, était l’invité d’honneur d’un raout organisé par le « club d’affaires » Global Diwan, en lien avec l’ambassade d’Arabie saoudite à Paris. Devant un parterre d’investisseurs, de diplomates et de juristes, détaillé par le site Intelligence Online (30/5), cet ancien ingénieur chimiste a vanté les attraits (argentés) du plan Vision 2030, censé réformer de fond en comble l’économie du pays.

Il a aussi tenté de faire oublier quelques joyeusetés du régime islamiste : depuis l’assassinat, en 2018, du journaliste Jamal Khashoggi (débité à la disqueuse) jusqu’à la guerre sanglante menée contre les rebelles houthis au Yémen.

Qui sont les fondateurs de ce club si conciliant à l’égard de la stratégie d’influence saoudienne en France ?

Le lobbyiste Eric Schell et le très chevronné Maurice Gourdault-Montagne, qui fut, entre autres, dircab d’Alain Juppé à Matignon, ambassadeur et secrétaire général du Quai d’Orsay de 2017 à 2019.

Exquise épitaphe

Gourdault-Montagne est aussi un fidèle ami du sulfureux Alexandre Djouhri, affairiste mis en examen pour corruption active et complicité et recel de détournement de fonds publics, qui s’est souvent vanté de jouer les intermédiaires dans des contrats d’armement avec Riyad.

Comme pour gâcher la fête, le « Wall Street Journal » a publié, la veille (1/6), un odieux article sur Al-Nasr. Le quotidien rapporte qu’à l’été 2020 le protégé de MBS a reproché à ses communicants d’avoir omis de l’alerter au sujet du trouble suscité chez divers partenaires de Neom par le bilan du royaume en matière de droits de l’homme : « Si vous ne me dites pas qui est responsable, je sors un pistolet de sous mon bureau et je vous tire dessus. »

A un cadre en disgrâce, il aurait par ailleurs dédié cette exquise épitaphe : « Va donc crever dans le désert, que je puisse pisser sur ta tombe. »

Sous les ors du Bristol, l’ami Nadhmi a sûrement usé d’un langage plus… châtié.


Article signé des initiales J. C. Le Canard Enchainé. 08/06/2022


2 réflexions sur “Une sombre relation.

  1. bernarddominik 14/06/2022 / 17:19

    Que du beau monde. Ce qui est scandaleux c’est que des hauts fonctionnaires fricottent avec cette engeance