Savoureuse salade russe au « Figaro »

Cette année, pour le recrutement de ses stagiaires d’été…

… « Le Figaro » a fait preuve d’originalité : il a choisi de recevoir une Russe. Et pas n’importe laquelle ! La fille d’Alexandre Orlov, ex-ambassadeur de Russie en France (2008-2017). La demoiselle a débarqué dans les locaux du quotidien le 1″ juin, plongeant le journal dans une drôle de salade russe…

La plaisanterie commence au mois de novembre. Elève d’une école de journalisme parisienne, la fille du haut dignitaire est candidate pour un stage au service international du « Figaro ». Orlov est le grand pote du reporter Renaud Girard, qui a rédigé ses Mémoires (« Un ambassadeur russe à Paris », Fayard, 2020) et a fait passer le CV de la fille. Lequel est donc examiné avec le plus grand soin.

Il y a quelques années, le quotidien de Dassault a eu un sévère différend avec le régime de Poutine, qui avait privé de visa de travail son correspondant en Russie Pierre Avril.

Ce dernier avait été contraint de bosser avec un visa de tourisme, et sous un pseudonyme. Pas question de raviver la gué-guerre avec le Kremlin ! « Le Figaro » fait donc savoir à l’étudiante qu’elle sera la bienvenue à l’été 2022.

La CIA sur le coup !

La semaine dernière, comme convenu, la jeune fille débarque. Problème : entre-temps, Poutine a sorti ses chars et s’en est allé envahir l’Ukraine. Panique à bord ! Certes, Alexandre Orlov, 74 piges, n’est plus ambassadeur et coule une paisible retraite à Paris. Mais il a toujours ses entrées au Kremlin, et au ministère russe des Affaires étrangères.

En prime, il affiche régulièrement dans les médias français son soutien au régime de Poutine. Bref, impossible de laisser sa fille s’installer dans le service international du « Figaro », où elle pourrait avoir accès aux informations arrivant de Russie et d’Ukraine. Pas question non plus de la laisser écrire des articles sur la guerre. Certains ricanent même de la paranoïa qui pourrait poindre au dernier étage de l’immeuble, où loge une antenne américaine de la CIA !

A peine la stagiaire russe arrivée, Alexis Brézet, le patron des rédactions, la reçoit dans son bureau et lui explique, en langage très diplomatique, qu’elle ne va pas pouvoir travailler au service international. Ni à l’économie, d’ailleurs, rapport aux sanctions économiques. Finalement, et alors que la société des journalistes du « Figaro » commence à bouillonner, une solution miracle est trouvée : la jeune fille atterrit au « Figaroscope », le supplément consacré aux restos et aux salles de spectacle. Commentaire un peu embarrassé d’un confrère : « On va l’envoyer au théâtre… »

Pour voir du Tchekhov, d’accord, mais pas Gogol : il est ukrainien !


Article signé des initiales C. N. Le Canard Enchainé.08/06/2022