Diplomate… tiens donc !

Chute de popularité pour Macron en Europe de l’Est

Après avoir proclamé qu’« il ne fa[llai]t pas humilier la Russie » et l’avoir répété, le 4 juin 2022, dans l’entretien qu’il a accordé à plusieurs journaux régionaux, Macron s’est une nouvelle fois attiré les foudres du président ukrainien et de ses homologues en Europe de l’Est. « S’il veut prendre des gants avec Poutine, pourquoi en avertir le monde entier ? C’est incompréhensible », se désole un diplomate.

Verdict bien plus sévère, celui d’un général français en poste à l’Otan : « Les Ukrainiens sont profondément agacés par les propos de Macron, selon qui il ne faut pas humilier leurs agresseurs, la Russie et son chef. » Ou celui d’un autre « étoilé », affecté auprès du commandement suprême des forces alliées en Europe : « Combien de temps faudra-t-il éviter d’humilier cet homme infréquentable, comme nous le reprochent les Ukrainiens ? »

Ce n’est pas la seule critique adressée à Macron. Le président Zelensky et ceux qu’un conseiller de l’Élysée qualifie de « jusqu’au-boutistes » — les Polonais, les Roumains ou les Baltes ne veulent pas entendre parler d’« une porte de sortie qu’il faudrait accorder à la Russie ».

Tous ont de très mauvais souvenirs de la tutelle exercée jadis sur eux par les Soviétiques, et ils ne cessent de demander à Macron de rompre avec Poutine, d’autant qu’il n’a rien obtenu de lui, ni au téléphone ni en tête à tête.

Une consolation ? Le Président n’est pas le seul à en prendre pour son grade. Les dirigeants allemands sont accusés par Zelensky de « complaisance à l’égard du Kremlin », et de ne pas avoir fourni beaucoup d’armements aux Ukrainiens. Enfin, les Italiens se font aussi voler dans les plumes pour avoir défendu « un plan incitant l’Ukraine à faire des concessions territoriales ».

Solo présidentiel

« Les collaborateurs de Zelensky lisent la presse française, remarque un ancien conseiller au ministère des Affaires étrangères. Et ils ont pu récemment y apprendre qu’en 2019 (lors de la traditionnelle Conférence des ambassadeurs) Macron avait reproché au Quai d’Orsay de ne pas approuver sa politique de rapprochement avec Poutine. »

La relation « complexe » que Macron entretient avec ce dernier explique sans doute pourquoi il ne s’est toujours pas rendu à Kiev, et n’y a même pas envoyé naguère son ministre Jean-Yves Le Drian. Erreur à peine corrigée, le 30 mai, mais vraiment très tard, avec l’arrivée impromptue en Ukraine de Catherine Colonna, la nouvelle ministre des Affaires étrangères.

Les diplomates, pour lesquels Macron n’a jamais montré beaucoup d’estime, ont fait grève, la semaine dernière, en France et dans les ambassades à l’étranger. Pour certains d’entre eux, il ne s’agissait pas seulement de s’opposer à la réforme que le chef de l’État entend appliquer au Quai d’Orsay.

Un ambassadeur, qui a travaillé auprès de plusieurs présidents de la République, confie au « Canard » qu’un grand nombre de diplomates mettent en cause la politique étrangère menée « en solitaire » par Macron, au Liban, au Sahel et en Ukraine.

Autant d’échecs pour celui qui a cru, en se rendant à Beyrouth, en intervenant au Sahel ou en téléphonant au Kremlin, avoir trouvé chaque fois « la solution qui s’imposait pour ces pays en difficulté », et pour Poutine, empêtré dans une sale guerre. Question insolite : quand le Président téléphone à ce dernier, existe-t-il un compte rendu destiné aux archives nationales, rédigé ou non par lui ? s’interroge un vieux routier du Quai. « Sans doute pas », selon lui, et c’est regrettable.

Concernant l’actuelle guerre en Ukraine, Macron a-t-il pensé pouvoir convaincre Zelensky d’accepter certaines concessions territoriales afin d’obtenir un cessez-le-feu ? Rien ne le prouve, mais, en Europe de l’Est, on le croit.

Explication du solo présidentiel, selon plusieurs diplomates : « Il est arrogant, sûr de lui et donneur de leçons. » D’autres experts en psychologie élyséenne, anciens conseillers déçus, opposants politiques et journalistes, ne les contrediront pas.


Claude Angeli. Le Canard Enchainé. 06/06/2022


2 réflexions sur “Diplomate… tiens donc !

  1. Matatoune 11/06/2022 / 07:55

    Toujours le même problème. Un président qui travaille seul, impose seul et ne peut déléguer sans donner un cahier des charges qu’il faut respecter à la lettre en bon soldat ! Mais jusqu’à quand ?

    • Libres jugements 11/06/2022 / 10:51

      Jusqu’a quand ?
      La question est posé et la réponse apparaitra après le deuxième tour des legislatives… stop ou la comedie se poursuit… réponse à venir
      Merci en tout cas pour ce commentaire avisé.
      Cordialement,
      Michel

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