La méthode du discours

Promis-juré, la « méthode nouvelle » va tout changer, et « profondément » !

Macron l’a martelé à la presse quotidienne régionale et répété en déplacement : pour son second quinquennat, il entend différemment gouverner. Avec un « Conseil national de la refondation » composé « des forces politiques, économiques, sociales, associatives » et « des élus des territoires et des citoyens tirés au sort ». Mais, en attendant de « refonder », c’est l’Assemblée nationale qu’il s’agit de remplacer. Et c’est à la fin de cette semaine que, pour ces législatives, il s’agit d’aller voter.

La campagne est atone, et les adversaires du refondateur l’accusent de « chloroformer » le débat en anesthésiant tous les sujets susceptibles d’énerver et en en disant le moins possible sur ses projets. Mais, si la campagne est endormie, les ennuis, quand ils émergent, font beaucoup de bruit.

C’est le cas de ceux du ministre des Solidarités, Abad, auxquels sont venus s’ajouter ceux de Darmanin. Lequel, entre les débordements gazeux et frappants au Stade de France et la nouvelle tendance policière à promptement tirer à hauteur d’homme ou de femme en cas de refus d’obtempérer, n’a pas fini de se retrouver au centre des polémiques, qui remplacent le débat.

Des complications dont, évidemment, Mélenchon, que les sondages ont érigé, à la tête de la Nupes, en seul véritable opposant, s’est illico emparé avec, entre autres, son « la police tue ». Pas candidat à la députation, le « Premier ministre » auto-proclamé sur ses affiches et dans la moindre de ses nombreuses interventions n’est pas endormi.

L’anesthésie a eu des effets inverses sur lui. Fort de sa dynamique sondagière, il est survolté. Au point que Macron a dû revoir d’urgence sa méthode de campagne et s’y coller pour réveiller ses troupes « dans le brouillard » et ca­nonner l’autoproclamé et son programme, dans lequel « il cite 20 fois le mot « taxation » et 30 fois le mot « interdiction » ».

Et rappeler dans la foulée à son « cohabitant » fantasmé qu’il est «rare de gagner une élection à laquelle on ne se présente pas» et que, en ma­tière de Premier ministre, « aucun parti politique ne peut imposer un nom au président ».

Il en faut plus pour calmer l’énervé, qui a délégué son remplaçant à Marseille et premier lieutenant, Manuel Bompard, pour rétorquer. « Si, bonhomme, tu vas le nommer 1 » a lancé ce dernier à Macron, empruntant la syntaxe de la marionnette de Tapie à l’époque des « Guignols ».

« Bonhomme » n’a pas répondu mais a eu un léger avant-goût de l’ambiance « nouvelle » qui risque d’animer les débats de la future Assemblée que Mélenchon, sans en faire partie, prétend « reparlementariser». Un ton et des blocages que les rangs macroniens répètent redouter.

Même si le mode de scru­tin l’avantage, la Macronie, si elle a quelques craintes, surjoue un brin le danger Mélenchon. Certains  conseillent à Macron d’intervenir sans plus tarder pour reprendre solennellement la main en jouant contre Mélenchon le « camp de la raison ». Et de remobiliser les candidats et les électeurs que ce scrutin intéresse peu avec un dis­cours façon Giscard et le « bon choix » en 1978.

Après les références au Conseil national de la Résistance, là encore, la « méthode nouvelle » a comme une tendance à emprunter aux méthodes du passé.


Erik Emptaz. Éditorial du « Le Canard Enchainé ». 06/06/2022


2 réflexions sur “La méthode du discours

  1. jjbadeigtsorangefr 10/06/2022 / 18:42

    Macron a besoin d’épouvantails pour s’assurer une majorité à la chambre et il prétend faire ce qu’il n’a pas fait en cinq ans pour améliorer la vie des français. La NUPES l’inquiète et il a raison sa politique en faveur des riches risque de ne pas pouvoir être poursuivie si la NUPES l’emporte. Faisons qu’elle le fasse.

  2. bernarddominik 10/06/2022 / 18:57

    Oui on a bien vu que les sondages sont manipulés pour faire peur, alors que le RN a édulcoré sont discours Mélenchon à poussé la gauche vers une radicalité dont on se demande si c’est un programme politique ou un fromage pour attirer les souris. Ce discours a l’avantage de marginaliser LR, déjà abandonné par Sarkozy Muselier Estrosi… quant au RN son culte du chef lui fait négliger les autres élections. Mais les électeurs seront ils dupes?

Laisser un commentaire