À quand l’adieu aux armes ?

Il faudrait peut-être cesser de se lamenter en comptant les morts.

Ne plus s’étonner, chaque fois qu’une vingtaine d’enfants tombent sous les balles d’un tireur fou ou d’un étudiant mal luné, comme cela s’est encore passé à Uvalde, au Texas. Pour s’arracher au «jour sans fin » des tueries de masse outre-Atlantique, à cette double défaite de l’esprit et de la démocratie qui n’en finit pas de nous miner, mieux vaut regarder l’horreur en face ; et reconnaître froidement qu’en l’état actuel de la vie politique américaine, il n’y a rien à faire : ce pays devra encore vivre longtemps et mourir un peu, avec ce cauchemar récurrent des massacres par armes à feu.

Parce qu’il n’est pas un mauvais rêve, mais une tache de sang bien réelle, qui mouille lentement le drapeau américain, et dont les États-Unis n’arriveront pas à se défaire pour le moment. Plus tard, peut-être, quand Catalyan, cet enfant au regard si doux photographié par Laurent Élie Badessi (1), se reverra brandissant fièrement un pistolet Daisy Powerline 93.

  • Aura-t-il alors la force de dire « Assez ! » ?
  • Saura-t-il trouver d’autres armes, non violentes, pour briser le triangle infernal menant du deuxième amendement de la Constitution (qui garantit le droit de tout citoyen américain de posséder une arme) au lobbying de la National Rifle Association (NRA), en passant par l’endoctrinement d’une nation persuadée que le mot gun (« pistolet ») est synonyme de freedom (« liberté ») ?
  • Cela fait beaucoup de « peut-être ». Trop, pour un pays qui s’accroche désespérément à ses mythes et refuse de s’attaquer à ses démons.
  • Tout juste donc peut-on espérer. Sans vraiment y croire.

Olivier Pascal Moussellard. Télérama N°3778. 08/06/2022


  1. Voir son exposition « L’Âge de l’innocence », Centre photographique documentaire, Sète, jusqu’au 14 août 2022.

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