Tenace la ministre de la Culture

Rima Abdul-Malak

Dessin de Kiro – Le Canard 01/06/2022

Le 6 juillet 2020, Roselyne Bachelot, tout juste nommée ministre de la Culture, reçoit un coup de fil de la conseillère culture d’Emmanuel Macron, une certaine Rima Abdul-Malak, qui lui propose aimablement de l’appeler au moindre souci. Merci, répond un peu sèchement Bachelot, mais, si vous n’y voyez pas d’inconvénient, je réglerai mes problèmes directement avec le Président.

Le ton était donné. D’un côté une ministre ayant de la bouteille, peu habituée à obéir à des conseillers, de l’autre une jeune femme ambitieuse et fort active, dont l’influence grandit à l’ombre du chef et qui attend son heure.

Rima Abdul-Malak, arrivée du Liban en pleine guerre civile à l’âge de 10 ans, ancienne responsable de l’association Clowns sans frontières, passée par le cabinet de Christophe Girard, à la Mairie de Paris, puis par celui de Bertrand Delanoê, connaît le Tout-Paris de la culture et avait déjà failli succéder au très évanescent Franck Riester.

Bachelot ayant hérité du poste, elle n’a pas lâché le morceau. « Elle dort très peu, bosse comme une malade, peut envoyer un SMS à 2 heures du matin… Elle est tout le temps sur le pont, on l’avait tout le temps sur le dos », se souvient un fonctionnaire du ministère.

Rima Abdul-Malak, ancienne attachée culturelle à l’ambassade de France à New York (2014-2018), sait faire plaisir au patron : sur place, elle s’occupait des sorties de Brigitte Macron lors des déplacements présidentiels, ce qui ne peut pas nuire.

A Paris, elle envoie des poèmes au Président par SMS, lui conseille des livres. Et le fait savoir. En janvier 2021, « L’Obs » lui consacre un long article, intitulé « L’autre ministre de la Culture ». Elle jubile mais n’en montre rien.

Rusée du Louvre

En mars 2021, Roselyne Bachelot est atteinte du Covid et contrainte de lâcher les rênes de son ministère. Revenue en mai, elle annonce souffrir d’un Covid long. « Petit à petit, Roselyne a repris des forces et a eu envie de rempiler au ministère. Pas mal de gens l’y encourageaient, raconte une conseillère de Bachelot. Mais, dans Paris, on entendait de plus en plus la même petite musique : « Elle est très bien, Bachelot, mais elle est fatiguée, quand même. » Bachelot s’accroche, mais la petite musique ne cesse jamais, on a compris que son sort était scellé. » Il est vrai que, au-delà du marquage de Bachelot à la culotte, la conseillère avait montré de réels talents de metteuse en scène.

C’est elle qui avait conçu cette séquence assez lunaire où l’on voyait le Président, échevelé, en bras de chemise, proposer à un monde artistique sorti exsangue du Covid de se « réinventer », d’« enfourcher le tigre » et d’aller, joyeux et triomphant, vers un été « culturel et apprenant ».

Rima Abdul-Malak ne va pas manquer de soutiens : Elisabeth Borne est, elle aussi, une ancienne de la Mairie de Paris, tout comme son directeur de cabinet. Et Pap Ndiaye, dont elle a appuyé la nomination Rue de Grenelle, est l’un de ses proches. « Elle avait déjà fait un lobbying extrêmement actif pour le faire nommer à la tête du Musée de l’histoire de l’immigration. La publicitaire Mercedes Erra, présidente de BETC, très investie sur les questions de diversité et qui dirige le conseil d’administration du musée, n’avait pas du tout apprécié son comportement », raconte un bon connaisseur du dossier.

La nouvelle ministre apoussé la candidature de Laurence des Cars à la tête d’un autre musée, celui du Louvre, au grand plaisir de ceux, nombreux, qui souhaitaient le départ de son prédécesseur.

Rien à Branly

En revanche, elle compte quelques solides inimitiés parmi les conservateurs d’autres grands musées.

La nouvelle ministre défend en effet bec et ongles le rapport Savoy-Sarr, rédigé par deux universitaires, préconisant la restitution des biens pillés lors de la colonisation africaine, mais aussi ceux légalement acquis, sauf à prouver (ce qui peut s’avérer très complexe) que les vendeurs étaient consentants.

« Emmanuel Macron a pris quelques distances avec ce rapport, qui peut mettre en difficulté pas mal de musées, surtout celui du Quai-Branly. Mais Rima Abdul-Malak a toujours considéré que ce rapport représentait exactement la pensée du Président et qu’il fallait restituer massivement et sans tarder », s’offusque un conservateur.

L’influent site La Tribune de l’art avait pris la tête d’une croisade contre ce rapport.

Avec les dossiers qui attendent cette passionnée de théâtre (élargissement du Pass culture, fusion TF1-M6, budget du ministère…), on ne sait pas si l’été sera « apprenant », mais il sera sûrement studieux.

En attendant, Jack Lang, ministre pour l’éternité, fait mine de l’adouber : « Elle a de l’expérience, elle est formidâââble. »

Gare au coup de griffe, qui, en général, ne tarde guère.


Anne-Sophie Mercier. Le Canard Enchainé. 01/06/2022


Une réflexion sur “Tenace la ministre de la Culture

  1. jjbadeigtsorangefr 07/06/2022 / 10:07

    Rendre ce qui appartient au patrimoine d’un pays me paraît une juste réparation des pillages effectués. On sait très bien reconstituer ces œuvres d’art et le faire avant restitution permettrait à de nombreux musées de pouvoir les exposer. Les obélisques demanderont beaucoup de soin pour les replacer dans les temples égyptiens mais Louksor n’en sera que plus resplendissant et la Concorde n’y verra que du feu puisque que la reproduction y trônera en toute quiétude. Il y aura beaucoup de travail à Londres qui recèle une énorme quantité d’œuvres égyptiennes . Pour les autres pays pillés il faudra procéder de la même manière………………….

Laisser un commentaire