Inflation

Face à l’inflation, que faire ?

Pour nous autres, simples mortels, acheter le moins de trucs possible, le moins cher possible. Et épargner un max, puisque demain, tout sera encore plus cher.

Du côté des banques centrales, c’est différent. Ces étranges institutions disposent d’un superpouvoir, celui de fixer le prix de l’argent. Parce que, en économie, même l’argent a un prix : le taux d’intérêt. Qui est en réalité le prix du temps, et c’est pour cela que les religions ont du mal avec le prêt à intérêt, car, selon elles, le temps appartient à Dieu, et on ne peut donc pas le vendre.

Début mai, la Banque centrale des États-Unis, la Fed, a accru son taux d’intérêt de 0,5 point (pour le porter, en gros, à 1 %). Cette minuscule hausse a fait la « une » de la presse économique mondiale. Lorsque le crédit est plus cher, on attend avant d’acheter une voiture, une maison ou, si on est une entreprise, des magasins et des camions. La demande baisse. Les vendeurs doivent se battre entre eux pour fourguer leur camelote à des acheteurs moins nombreux : ils diminuent donc leur prix.

L’inflation est vaincue, hourra!

Il faut toutefois noter que, dans cette histoire, le moyen de cette lutte est la réduction de l’activité économique. La récession est au coeur de la stratégie anti-inflation des banques centrales. C’est cette attitude, celle de la Banque de France en 1993, dans le cadre de la convergence des économies européennes préparatoire à l’euro, que Jean-Paul Fitoussi, récemment décédé, avait combattue – sans succès – toute sa vie, car il savait qu’elle conduirait au chômage de masse.

Comme le notait Fitoussi, accroître les taux d’intérêt pour briser l’inflation est un peu facile. On est sûr de réussir. La question est : à quel coût humain ? Jusqu’où faudra-t-il plonger l’économie dans la récession afin de « refroidir » les prix, comme le disent les analystes financiers friands de ces métaphores rigolotes – du moins tant qu’ils ne figurent pas sur la liste des personnes licenciées ?

À cette question vieille comme la politique économique s’ajoute un autre point, propre à la période actuelle : la montagne de dettes.

Dans un récent rapport, la Banque des règlements internationaux (BRI) s’est alarmée du niveau des dettes des entreprises et des particuliers, qui atteint 170 % du PIB mondial, contre 130 % en 2000 (1).

Dans de nombreux pays moins généreux que celui du Macrondon, le Covid a forcé entreprises et ménages à s’endetter. Or l’envolée des prix de l’énergie et des matières premières va coûter très cher aux entreprises.

Du côté des familles, le pouvoir d’achat est mangé par l’inflation : comment faire pour payer les traites de la bagnole et, surtout, de la maison ?

C’est là que la hausse des taux d’intérêt est magique, puisqu’elle va accroître le montant des remboursements d’emprunt. Oh! certes, pas le vôtre, pas en France. Cependant, dans la plupart des pays du monde, les emprunts sont à taux variable, notamment (mais pas seulement) pour les entreprises.

Augmenter le « loyer de l’argent », comme vient de le faire la Fed, et comme Christine Lagarde a annoncé que la BCE allait le faire, en juillet et septembre prochains (2), c’est donc étrangler les entreprises, qui auront d’un côté moins de recettes, et de l’autre des remboursements d’emprunt plus élevés à payer.

Et tout ça alors que les véritables solutions à l’inflation actuelle, ce serait la substitution d’énergies locales au pétrole et une forte baisse de la consommation de viande, pour réduire celle des céréales. Christine, mets une éolienne sur le toit de la BCE, impose le menu végétarien à la cantine, et laisse-nous tranquilles !


Jacques Littauer. Charlie Hebdo. 01/06/2022


  1. «Les superviseurs tirent la sonnette d’alarme sur la dette des entreprises et des ménages» (Les Échos, 23 mai 2022).
  2. «Christine Lagarde envisage deux hausses de taux d’ici à septembre» (Les Échos, 23 mai 2022).

3 réflexions sur “Inflation

  1. bernarddominik 07/06/2022 / 08:22

    Si l’inflation à pour cause une surchauffe de l’économie monter les taux est une bonne solution . Si elle est due à la pénurie, effectivement monter les taux va diminuer la demande sur les achats à crédit, mais n’aura pas d’effet s’il s’agit des besoins immédiats. La meilleure solution est d’augmenter l’offre, notamment emblaver les jachères

  2. jjbadeigtsorangefr 07/06/2022 / 10:19

    L’épargne est grignotée par l’inflation, les 150 milliards d’Euros déposés en 2021 ne valent plus que 142,5 et ne représentent plus que 135,38 milliards en matière de pouvoir d’achat……..Faites vos comptes….C’est du vol organisé.

  3. walter 07/06/2022 / 11:43

    Excellent article de Jacques Littauer ! 🙂

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