Au stade de France…

… la police a multiplié les hors-jeu.

Soudain, Macron a vu rouge. Non parce qu’il vibrait particulièrement pour les Reds de Liverpool, opposés, en finale de la Ligue des champions de football, au Real de Madrid, mais parce que le spectacle offert aux abords du Stade de France, le 28 mai, était « pitoyable », « honteux », « indigne de la France », comme il l’a dit devant quelques proches.

Dans la foulée, Darmanin a pris une décision qui ressemble furieusement à un désaveu du préfet de police de Paris, Didier Lallement.

Il a missionné Michel Cadot, ex-préfet d’Ile-de-France, prédécesseur (de 2015 à 2017) et ennemi intime de Lallement, pour faire toute la lumière sur les événements. Et, dans le même temps, une réunion s’est tenue au ministère des Sports. Là, Darmanin a renvoyé la balle aux supporteurs rosbifs, accusés d’avoir fraudé la billetterie de manière « massive et industrielle ». Et le ministre de se replier en défense : « 30 000 à 40 000 supporteurs britanniques se sont présentés devant le stade, sans billet ou avec un faux billet ». Ses sources ? Les autorités responsables des transports (train, métro, RER), qui se sont parfois fondées sur la seule couleur des maillots…

Préfet repris de volée

Le préfet de police a, lui aussi, joué le hors-jeu. Au coup de sifflet final, il a rédigé un rapport de deux pages expliquant qu’il n’était en rien responsable du fiasco.

Dès 8 h 30 ce matin-là, pourtant, Didier Lallement se trouvait en salle de commandement, où, depuis son fauteuil marqué « Monsieur le Préfet de police » (façon metteur en scène de Hollywood !), il organisait la rencontre entre supporteurs et forces de l’ordre. Un match dont le résultat était couru d’avance, tant il était mal préparé. Petite liste des cartons jaunes :

  1. La Préfecture de police a tout misé sur la menace de supporteurs violents… dépourvue de fondements. La Division nationale de lutte contre le hooliganisme l’avait pourtant écrit noir sur blanc. Mais, sous prétexte que cette institution ne dépend pas de ses services mais du directeur général de la police, Lallement n’a pas pris la peine de la consulter. Conséquence ? Le dispositif de maintien de l’ordre était uniquement adapté à des hooligans… qui ne sont jamais venus. C’est ainsi que l’essentiel de la troupe a été envoyé dans les deux fan zones, mais pas aux abords du Stade de France. Tir non cadré !
  2. Rien n’avait été prévu, en re­vanche, pour dissuader et attraper les lascars venus dépouiller des supporteurs. Une menace pourtant prévisible : chaque événement organisé au Stade de France aimante son lot d’arracheurs de montres, de téléphones et autres portefeuilles. Cette fois encore, une foule de plaintes ont été enregistrées.

Mauvaises passes

« Aucune consigne n’a été donnée à la police des transports ni aux brigades anticriminalité de patrouiller dans le secteur », s’agace un commissaire. « Ce n’était pas compliqué de prévoir qu’un événement d’une telle importance allait attirer des loustics du Nord parisien, témoigne un élu du « 9-3 ». C’était le point chaud de toute l’Ile-de-France pour 500 détrousseurs. » L’avenue Fauche, en quelque sorte.

  • Et quid des fameux faux billets ? Ce n’est pas la première fois que la contrefaçon s’invite en finale de la Ligue des champions. Le cas s’était déjà présenté en 2019 pour le match opposant Tottenham à… Liverpool. Même si, pour le coup, l’ampleur de la fraude est inédite, les autorités françaises n’ont rien vu venir. « Les Anglais ont imposé la billetterie papier, décrypte David Le Bars, le secrétaire général du syndicat de police SCPN. Normalement, pour une finale, une billetterie électronique pose moins de problèmes au contrôle. Cette billetterie papier, qui a favorisé la photocopie, qui a ralenti des passages dans les portiques, est l’une des causes principales du désordre auquel on a pu assister. »

Au lendemain de la finale, l’Intérieur disposait, se vantait-il, d’un tuyau épatant : une imprimerie de Liverpool aurait fabriqué des sésames en masse ! Dommage que l’info soit arrivée vingt-quatre heures trop tard…

  • Quant aux estimations du nombre de supporteurs… Le service de la Préfecture de police chargé d’établir des prévisions peut retourner s’entraîner. Les Anglais étaient beaucoup plus nombreux que prévu : 60 000 selon Darmanin; qui dit son information confirmée par l’UEFA (autorité européenne du foot), et non pas 30 000.

La Préfecture s’est également plantée sur leur mode de transport, annonçant la venue de près de 600 bus, alors qu’une soixantaine seulement se sont pointés. D’où un engorgement monstre au sortir de la station du RER D et des stadiers submergés, appelant les forces de l’ordre et leurs lacrymos à la rescousse.

Quatre cartons jaunes, ça fait deux rouges et autant d’exclusions. Il faut croire qu’on ne change pas une équipe qui perd…


Didier Hassoux et Christophe Labbé. Le Canard Enchainé. 01/06/2022


Une réflexion sur “Au stade de France…

  1. bernarddominik 04/06/2022 / 07:19

    Étrange seuls 1600 faux billets ont été scannés mais Darmanin, grâce à sa boule de cristal, en a compté 35000. Quant à l’écart entre les chiffres donnés par la sncf la fifa et le ministre, ça laisse rêveur sur les statistiques publiques. Darmanin sera t il aussi lâche que son ami Sarkozy? C’est plus que probable.

Laisser un commentaire