C’est mon corps…

… pensaient-elles dans ce monde « dit » moderne…

Avorter ? Une liberté très surveillée

Alors que la Cour suprême américaine pourrait remettre en cause le droit à l’avortement, les femmes souhaitant recourir à une interruption volontaire de grossesse vont devoir se méfier d’un nouvel ennemi intime : leur téléphone.

Aux États-Unis, des milliers d’applications revendent quotidiennement les informations personnelles de leurs utilisateurs à des courtiers en données. Qui les revendent à d’autres courtiers en données. Qui les revendent à n’importe qui. Un cycle organisé autour d’acteurs économiques inconnus du grand public et d’une mission, le ciblage publicitaire.

Mais que se passe-t-il lorsque cette industrie à 200 milliards de dollars vient contribuer à l’affaiblissement des droits? Selon une enquête du média Vice, il suffit de débourser cent soixante dollars pour acquérir les données de géolocalisation des personnes qui se sont rendues au planning familial, permettant in fine de les identifier.

Ce qui fait peser un réel danger de violence : en 2020, la Fédération américaine de l’avortement a dénombré plus de cinquante agressions à l’extérieur de cliniques, et près de trois mille cinq cents cas de harcèlement téléphonique ou par e-mail.

Et ce n’est pas tout. Des applications de suivi du cycle menstruel mouchardent auprès de Facebook, d’autres sont directement financées par des groupes anti-choix obsédés par la surveillance des modes de vie.

Même un simple historique de recherche Web sur son ordinateur peut devenir incriminant: dix-neuf États imposent déjà la présence d’un médecin lors d’une IVG médicamenteuse, obligeant certaines femmes à utiliser Internet pour s’orienter dans leur démarche.

En 2017, Latice Fisher, une jeune femme noire du Mississippi, a été inculpée pour le meurtre de son foetus quand les enquêteurs ont découvert qu’elle s’était renseignée sur le misoprostol, un médicament utilisé lors des interruptions de grossesse.

C’est toute la cruauté d’un système dans lequel les prédateurs sont mieux protégés que leurs victimes : un secteur économique dérégulé vient raboter le droit des femmes à disposer de leur corps. En l’absence de loi fédérale sur la protection des données, aucun texte n’encadre à ce jour l’activité des courtiers de données.


Olivier Tesquet. Télérama. N° 3777 01/06/0222


4 réflexions sur “C’est mon corps…

  1. marie 03/06/2022 / 13:34

    Bonjour Michel, j’ai déjà longuement réfléchi à ce problème vital qu’est l’avortement.
    Je suis contre sauf en cas de viol, il me semble que maintenant il y a assez de moyens de contraception qui permettent d’éviter d’en arriver à ce traumatisme, car avorter est loin d’être un acte anodin, mais à chacune sa façon de voir les choses et sa liberté. Je ne porte aucun jugement, je dis juste mon ressenti
    Amicalement
    MTH

    • Libres jugements 03/06/2022 / 14:20

      Bonjour Marie,
      Me permettras-tu d’ajouter le fœtus mal formé… après ce doit être un choix personnelle en connaissance de cause d’autant que la médecine moderne sait faire la part des choses très tôt. Combien de couples n’ont pas pu supporter le handicap d’un-e enfant trisomique ou malformé-e.
      Le viol dis-tu, mais de quel viol parlerons-nous, celui relevant de la justice, par une tierce personne, celui exercé dans le cadre familiale, d’un inceste, etc.
      Bien évidemment, chacune, chacun réagira selon ses convictions, voire son éducation. Reste que le choix doit etre possible sans cadre restrictif.
      Très amicalement
      Michel

  2. bernarddominik 03/06/2022 / 16:19

    On ne peut juger une femme qui a choisi l’avortement, c’est sûrement un échec douloureux, mais personne ne peut se mettre à sa place.
    Notre société ne laisse souvent pas d’autre choix à des femmes ou des gamines encore immatures.
    C’est à la femme seule de choisir, et lui interdire ce droit c’est porter atteinte à son intégrité.
    Les USA sont en train de devenir une société de contrainte, si ça continue aller à la messe/office sera obligatoire.

    • jjbadeigtsorangefr 03/06/2022 / 23:26

      Tout juste Bernard, la liberté des individus passe par leurs choix y compris en matière d’avortement.

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