Est-ce une funeste prophétie ?

Demain, la pauvreté pour tous ?

On l’avait presque oubliée, cette histoire vieille de plus de quarante ans : la stagflation.

Dans les années 1970, suite aux chocs pétroliers, se produit un phénomène inédit, la conjonction d’une forte inflation et d’une récession. Ce qui va être à l’origine de la défaite définitive des idées keynésiennes, ouvrant la porte à la révolution conservatrice dont le cerveau d’Emmanuel Macron n’est toujours pas sorti.

Pourquoi? Parce que d’ordinaire c’est soit la récession, soit l’inflation. Mais pas les deux. Pour qu’il y ait inflation, il faut deux choses.

  1. Un producteur qui augmente ses prix.
  2. Une personne qui accepte de payer ce prix. Vous me direz : « Mais, pour les besoins essentiels, on n’a pas le choix, il faut payer.»

Mille exemples prouvent pourtant que vous avez tort. Car il n’y a rien de moins conventionnel, de moins fluctuant dans le temps que les «besoins essentiels ». Demandez aux Ukrainiens…

Bref, quand c’est vraiment trop cher… on ne paie pas. C’est ce que font des millions d’habitants dans notre pays tous les jours, dans l’indifférence générale. C’est ce que font de plus en plus d’automobilistes, contraints de laisser leur véhicule au garage en ce moment, y compris, parfois, quand il leur est indispensable pour aller travailler.

Si l’on se place mainte­nant du point de vue de l’économiste, la conclusion est claire : récession et inflation ne peuvent perdurer. En effet, avec la récession, la demande décroît. Les entreprises se font la guerre entre elles pour vendre. Elles baissent leurs prix de vente. L’inflation est donc vaincue.

C’est ce que l’on a observé des centaines de fois dans l’His­toire. Mais pas en 1973, 1974, 1975…

Ces années-là, l’économie stagne, en France, au Royaume-Uni, aux États-Unis, un peu partout. Mais stupéfaction des éco­nomistes du monde entier : l’inflation se maintient à un niveau élevé ! Pour l’économiste américain Milton Friedman, le coupable est tout trouvé : ce sont les politiques monétaires et budgétaires menées par les gouvernements keynésiens qui sont à l’origine du mal. Sus aux déficits budgétaires ! Sus aux taux d’intérêt trop bas ! Milton gagne, et il reçoit même le faux prix Nobel des économistes en 1976 pour sa géniale découverte.

Aujourd’hui, alors que l’inflation est de retour, la petite musique des héritiers de Friedman, ceux que l’on appelle les «monétaristes », est de retour. Ainsi, la Réserve fédérale, la Banque centrale des États-Unis, vient d’augmenter ses taux d’intérêt. En effet, qui dit taux d’intérêt plus élevés dit crédits plus chers, et donc moins d’achats de voitures, de logements ou de machines. Et donc, rebelote, entreprises qui se battent pour moins de clients, et donc baisse des prix. Les taux d’intérêt sont par conséquent un moyen très efficace pour briser l’inflation – mais cela passe par une baisse de la production, et donc plus de chômage. C’est le dilemme inflation-chômage bien connu des heureux étudiants en économie.

Aujourd’hui, l’inflation a pour origine la guerre, la pénurie ainsi que les problèmes de transport liés au Covid. Les céréales et l’énergie notamment coûtent plus cher parce qu’elles sont plus difficiles à produire. Cette hausse des prix s’explique par des causes réelles, « dures », auxquelles personne ne peut échapper. Mais ce qui m’étonne, c’est que peu de gens semblent comprendre que ce qui se passe là n’est qu’un très petit avant-goût de ce que «l’écologie » nous promet. En effet, nous passer de pesticides, d’énergies fossiles signifie utiliser beaucoup plus de travail humain.

Une économie écologiquement soutenable est une économie sans machines, ou presque. C’est donc une économie où les coûts de production sont beaucoup plus élevés – et donc où le niveau de vie moyen est beaucoup plus faible.

  • Regardez les photos de la France des années 1950, et dites-moi si cela vous fait envie.
  • Jusqu’où acceptons-nous de voir notre niveau de vie diminuer?
  • Comment cette baisse sera-t-elle répartie?

Ce qui est sûr, c’est qu’avec Emmanuel Macron ce partage n’a aucune chance d’être pensé, et encore moins équitable.


Jacques Littauer. Charlie Hebdo. 18/05/2022


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