Culture du secret, bouches cousues !

L’enquête sur un mort chez Amazon ne cartonne pas

Dans les entrepôts d’Amazon, les tâcherons de la mise en cartons ne chôment pas.

En janvier dernier, un intérimaire de Randstad, missionné sur le site de Brétigny-sur-Orge (bourré de robots) , a été victime d’un accident mortel. Agé de 63 ans, Ali, agent d’exploitation logistique, est décédé d’une crise cardiaque en moins d’un quart d’heure.

Les secours sont arrivés assez vite, soutient la direction, mais les élus du personnel ont réclamé une enquête indépendante d’un cabinet extérieur. Refus tout net d’Amazon ! Ils n’ont pu arracher qu’une enquête dite « paritaire », copilotée par la direction. Son résultat, que « Le Canard » vient de consulter, est ébouriffant.

Défilé à l’infirmerie

Il s’agit d’un simple relevé (clinique, si l’on ose dire) des faits et gestes de l’intérimaire, établi à partir des images de vidéosurveillance dans l’heure précédant sa mort. Ces investigations révèlent des choses passionnantes : 13 h 6, arrivée d’Ali, qui badge à 13 h 12. A 13 h 37, une caméra le montre en train de « saluer un collègue en marchant ». Mais encore ? Son malaise aura lieu sept minutes plus tard.

A 16 h 27, le corps d’Ali est évacué par la « porte numéro 79 » ; les pompes funèbres quittent le site deux minutes après. Toujours plus palpitant : le rapport pointe les passages des infirmières et des managers d’Amazon, et… rien d’autre ! Bien que le site soit truffé de caméras, pas la moindre image de la zone

La question était de pouvoir évaluer la pénibilité de sa tâche : c’est loupé !

Les syndicalistes voulaient comprendre pourquoi les secours internes ne sont intervenus qu’au bout de sept longues minutes. Pour interroger certains témoins, comme le personnel infirmier, ils repasseront : « On nous a fait comprendre que ça allait les traumatiser », rapporte un élu. Le rapport d’enquête conclut pourtant : « Les membres de la commission ont obtenu les informations nécessaires à la compréhension des événements de manière unanime. »

Hors caméra, les confidences ne sont pas du même tonneau. « Les salariés tombent comme des mouches, ici », persifle une employée de l’entrepôt essonnien de 140 000 m’, précisant que l’infirmerie a enregistré la bagatelle de 3 500 visites l’an dernier ! (Avec les intérimaires, ce chiffre grimpe même à 6 000.) La même raconte que cinq arrêts cardiaques (non mortels) ont été dénombrés dans cet entrepôt en 2021.

Au terme de sa belle enquête, Amazon a sorti de ses cartons une série d’aménagements pour la prévention des risques, telle la mise à disposition de bouteilles d’oxygène rapidement accessibles. Plus aérien encore : l’installation d’émetteurs-récepteurs portatifs sur les points de secours, permettant, en cas d’incident, de brouiller l’ensemble des lignes du site pour ne diffuser que le message d’alerte.

Brouiller la communication, une spécialité d’Amazon !


Jérôme Canard. Le Canard Enchaîné. 11/05/2022


Une réflexion sur “Culture du secret, bouches cousues !

  1. jjbadeigtsorangefr 18/05/2022 / 21:41

    La suppression des CHSCT (Comité d’Hygiène de Sécurité et des Conditions de Travail) ,oui Madame Borne, c’est une vraie connerie et la remise en cause de la sécurité au travail. Les assassins ne sont pas que sur les plates formes, il y en a aussi au gouvernement. Pas directement me direz vous mais quand même la mise en place de la délégation unique du personnel, atteinte grave à la liberté syndicale est aussi un acte qui compromet la sécurité du personnel.

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