Puy-en-Velay et magouilles.

La municipalité du Puy-en-Velay est soupçonnée par le Parquet national financier d’avoir truqué un marché pour ne pas déplaire à l’ancien maire.

Après la déroute de LR à la présidentielle, Laurent Wauquiez s’imagine en recours de la droite. Une enquête ouverte en février par le Parquet national financier pourrait troubler cette noble ambition : la justice soupçonne la municipalité du Puy-en-Velay d’avoir truqué un marché de concession d’une halle gourmande (maraîchers, restaurateurs).

Et la figure de l’ancien maire du Puy (2008-2016) apparaît en arrière-cuisine, à travers des enregistrements et des témoignages (certains reproduits par Médiacités, 29/3) recueillis par des enquêteurs.

Le 21 décembre dernier, la municipalité décide d’attribuer, pour dix ans, la gestion et l’exploitation du marché couvert rénové de la ville à un délégataire de service public. En échange d’un loyer de 400 000 euros sur cette décennie, l’heureux gagnant, qui encaisse les redevances des commerçants, peut espérer un chiffre d’affaires de 8 millions d’euros.

A l’issue du conseil municipal, le maire, Michel Chapuis (UDI), assure à la presse locale : « Les deux dossiers étaient très bons et très attrayants. Mais nous avons dû choisir. »

Gauchiste indésirable

En réalité, le choix était fait depuis longtemps, comme l’attestent… 58 enregistrements, réalisés clandestinement entre le 15 septembre et le 22 décembre 2021 dans le bureau du « service commerce de proximité » commun à la ville et à la communauté d’agglomération. Ces prises de son ont été versées à la procédure.

Au cours d’une conversation avec son supérieur hiérarchique le 22 septembre, Mme X., responsable de ce « service commerce », se plaint de sa charge de travail, tout en confiant avoir reçu des instructions : « Tu sais qui tu dois prendre et tu te démerdes pour qu’il soit pris… »

Le lendemain, elle précise sa pensée : « Le gars, là, il doit perdre parce que Wauquiez n’en veut pas. » Le « gars » en question se nomme Alexis Haon. Restaurateur de son état, il a eu la mauvaise idée de se présenter aux municipales de 2020 sur la liste de gauche. Un crime de lèse-Wauquiez !

Dès lors, comme le constate l’enquête, tout est fait pour favoriser le duo concurrent. Les petites mains de la municipalité se démènent pour lui fournir des conseils personnalisés, l’invitent à changer d’avocat, le convient à des rendez-vous discrets et vont même jusqu’à récrire son dossier de candidature.

Un boulot de chien pour Mme X., qui s’en plaint auprès de son chef : « Ça me fatigue, ce dossier, au bout d’un moment, c’est Wauquiez derrière… » Puis auprès d’une collègue : « J’en peux plus, de bosser comme ça. Je trouve que c’est pas normal. Ils nous mettent tout le temps dans ces situations. C’est ce que je disais à mon élu (l’adjoint au commerce). Si c’était pas pipé d’avance, on serait pas dans ces situations-là. A part bosser à Marseille, je vois pas comment ça peut être pire ailleurs… » O Bonne Mère !

Malgré ces valeureux efforts, « un grand pépin » survient et, avec lui, « un gros risque de contentieux » : dépasser le plafond de 5 millions pour ce genre de marché implique en effet de modifier toute la procédure !

Résultat : les candidats doivent présenter fissa un nouveau budget prévisionnel, avec une durée de concession abaissée à huit ans. Ce qui met en difficulté (comptable) le chouchou de la mairie… et fait baliser la même fonctionnaire : « Je préfère qu’on aille au tribunal plutôt que d’annoncer à Laurent Wauquiez que ça ne se passe pas comme prévu. »

Pépins dans les lentilles

Pour éviter l’un et l’autre, le cabinet du maire, avec le concours des agents, s’efforce de trouver la parade. La journée du 29 novembre 2021 est consacrée à traficoter le rapport d’appel d’offres, sur lequel le conseil municipal va être amené à s’exprimer. La manœuvre consiste à « dévaloriser un peu l’autre (Haon) » en faisant croire, notamment, que le loyer prévisionnel qu’il versera à la mairie sera moins intéressant.

A la dircab qui s’interroge sur les tarifs des redevances demandées par les candidats aux commerçants de la halle, Mme X. avoue : « Si on fait objectivement, [les futurs gagnants] ont a un prix au mètre carré qui est plus cher. Donc, ça, on est obligé de plomber.

Ultime « gros problème », selon la même : les candidats retenus ont oublié de livrer leur grille tarifaire des menus de restaurant. « On les attend, mais, normalement, leur offre n’est pas recevable ! »

Et le maire de s’exclamer : « Oh putain ! » Mieux qu’un aveu !

Dessin d’Aurel. Le Canard. 11/05/2022

Didier Hassoux. Le Canard enchaîné. 11/05/2022


Une réflexion sur “Puy-en-Velay et magouilles.

  1. jjbadeigtsorangefr 15/05/2022 / 00:16

    Refiler une DSP de huit millions alors que la communauté aurait pu les encaisser est déjà un crime car elle n’obtiendra que quatre cent mille Euros soit vingt fois moins.
    Heureux soient les contribuables du Puy en Velay.

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