Grande-Bretagne : Surprises post-Brexit

Surprise lors du scrutin du 5 mai 2022, pour l’Assemblée nord-irlandaise.

Les républicains du Sinn Fein, ex-vitrine politique du groupe paramilitaire Armée républicaine irlandaise (IRA), partisans de la réunification avec la République d’Irlande, donc de la sortie du Royaume-Uni, arrivent en tête, pour la première fois de l’Histoire. Le Democratic Unionist Party (DUP), qui représente traditionnellement les protestants unionistes, arrive deuxième, et, bonne nouvelle, le parti non confessionnel Alliance effectue une percée en arrivant troisième.

Le poste de Premier ministre pourrait être occupé par un membre du Sinn Fein, mais uniquement avec l’accord des unionistes, selon le processus de paix de 1998, pour partager le pouvoir entre factions confessionnelles opposées. D’intenses négociations sont donc à prévoir pour éviter le retour à l’affrontement qui, là-bas, dure depuis plus de cent ans.

Pour ce qui est des autres élections locales en Grande-Bretagne, elles sont un échec pour les conservateurs, dont le fantasque dirigeant, Boris Johnson, semble être devenu un boulet pour son camp, au sein duquel les critiques s’expriment ouvertement.

Dans les municipalités renouvelables, le Parti travailliste, qui reste le plus représenté dans les conseils communaux, gagne peu de sièges (108) et profite, en fait, d’un net recul des conservateurs (- 487 sièges). Sir John Curtice, le gourou des prévisions électorales outre-Manche, estime que, si les législatives avaient lieu aujourd’hui, le Labour emporterait 35 % des voix, contre 30 % pour les conservateurs et 19 % pour les libéraux-démocrates.

L’alternance est donc possible, mais elle se fait par rejet de la droite, pas par enthousiasme pour la social-démocratie qui, au plan national, fait un score très légèrement en retrait(- 0,3 %) de celui de 2018.

Les travaillistes, qui s’étaient déchirés sous la direction de Jeremy Corbyn, sorte d’islamo-gauchiste attardé acculé à la démission par son « antisionisme » très, très limite, ont désormais une image moins clivante grâce à leur nouveau leader, le très responsable et fédérateur sir Keir Starmer.

Cela se ressent dans les victoires travaillistes dans des secteurs de Londres qui étaient des chasses gardées de la droite : Wandsworth, bastion de Margaret Thatcher, Barnet et Westminster. Signe qui ne trompe pas : à Barnet, secteur du nord de Londres qui compte une importante communauté juive orthodoxe ayant déserté le Labour de Corbyn, les électeurs sont revenus à la maison.

Le maire de Londres, Sadiq Khan, vogue donc vers sa reconduction. Les travaillistes gagnent également Southampton, repris aux tories, et la nouvelle autorité urbaine du Cumberland, mais perdent la ville de Hull au bénéfice des libéraux-démocrates.

La gestion de la pandémie par le Premier ministre, son implication dans le scandale des fêtes organisées à Downing Street en plein confinement et la hausse du coût de la vie ont affaibli Boris Johnson mais ne l’ont donc pas mis à terre, à moins de trois ans des législatives.

Après le Brexit, beaucoup prédisaient d’ailleurs un chaos économique et social inéluctable, mais il n’a pas eu lieu. Du côté de la gauche, le chemin vers le retour au pouvoir va être long : dans certains de ses bastions (Wolverhampton, Salford, Coventry), elle voit sa majorité municipale se réduire.


Jean-Yves Camus. Charlie hebdo. 11/05/2022


Une réflexion sur “Grande-Bretagne : Surprises post-Brexit

  1. jjbadeigtsorangefr 15/05/2022 / 00:22

    God bless GB

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