Un lobby qui pèse lourd dans l’assiette

Le prochain gouvernement va avoir du pain sur la planche.

Macron I avait promis de réduire de 20 % le nombre de petits Français obèses d’ici à 2023. Mais, patatras, une étude menée sur près de 50 000 bambins scolarisés en maternelle vient de montrer que la proportion d’enfants en surpoids a quasiment doublé ces deux dernières années.

Selon les chiffres recueillis par la Protection maternelle et infantile du Val-de-Marne, la part des gamins en excès de poids a en effet grossi depuis le premier confinement de 2,8 à 4,6 %, et celle des obèses, de 8,9 à 11,2 %.

Explication : moins d’activité physique et, surtout, plus de temps passé devant des écrans à consommer de la pub vantant la malbouffe.

Il y a deux ans, déjà, Santé publique France avait pourtant mis les pieds dans le plat concernant le role néfaste de la publicité dans l’obésité infantile et l’incapacité des pouvoirs publics à la réguler efficacement (« Conflit », 22/7/20). Dans son rapport, l’agence dénonçait les « stratégies promotionnelles de l’industrie alimentaire pour encourager l’augmentation des achats et de ta consommation de produits gras, sucrés, salés ».

Santé publique France préconisait carrément d’interdire à la télé et sur Internet les réclames pour toutes les horreurs nutritionnelles, c’est-à-dire les aliments écopant des notes D et E sur la fameuse échelle Nutri-Score. Une proposition déjà mise sur la table par la Cour des comptes en 2019 et réclamée de longue date par les associations de consommateurs CLCV et UFC-Que choisir… Las, sous la pression des fabricants de malbouffe, tous les amendements déposés en ce sens lors du dernier quinquennat ont été retoqués par les deputés et sénateurs En marche !.

Jusqu’à présent, la seule restriction qui pèse sur l’agroalimentaire, c’est l’interdiction de la pub dans les programmes jeunesse depuis 2018 sur les seules chaînes de la télévision publique. Une mesure dont se contrefichent les industriels, vu que ces émissions représentent moins de 0,5 % du temps que les bambins passent devant le petit écran.

Le moment où enfants et ados zieutent le plus la télé, c’est avec leurs parents, de 19 heures à 22 heures, l’une des tranches horaires qui charrient le plus gros volume de publicités.

Résultat : bien que les jeunes délaissent de plus en plus la télévision pour les réseaux sociaux, la quantité de pub qu’ils avalent ne cesse de grossir : comptez deux minutes quotidiennes de plus chaque année ! Macron II n’a plus qu’à mettre les bouchées doubles.


Article non signé lu dans le Canard enchaîné. 04/05/2022