Quand EDF pollue l’étang de Berre

La société EDF a comparu lundi dernier, le 2 mai 2022, devant le tribunal correctionnel de Marseille, sur citation directe du GIPREB, Groupement d’intérêt public pour la réhabilitation de l’étang de Berre.

  • Motif ? Pollution des eaux marines de la lagune à l’eau douce.

Explications.

Il faisait particulièrement beau sur la cité phocéenne et peut-être étions-nous à l’aube d’une ère nouvelle où attaquer en justice une société aussi puissante qu’EDF pour les rejets d’une eau quasiment limpide, celle de la Durance, issue d’un mode de production énergétique propre, l’hydroélectricité, ne serait pas un acte désespéré, insensé ou illusoire.

Les océanographes étaient nombreux à s’asseoir sur les bancs du tribunal vieillissant, presque branlant, et on pouvait se demander s’il n’y aurait pas une compréhension commune et immédiate entre les représentants de l’institution judiciaire et la compagnie des chercheurs, tous en manque de moyens.

La salle entière se souvenait de cet été 2018 où les vents n’avaient pas soufflé. Une saison de canicule et de désolation, durant laquelle l’écosystème de l’étang de Berre avait été ébranlé, sinon, anéanti.

La faute à la maladie de l’eau. Oui, la malaïgue, crise anoxique, avait frappé et décimé la faune et la flore. Mort des poissons, mort des palourdes, mort des zostères, …

L’anoxie, ou absence d’oxygène, résulte d’une stratification entre la couche de surface plus douce et la couche profonde plus salée. Cette stratification est visible à l’œil nu, pour peu que l’on veuille bien plonger dans l’étang, cela en rebute encore beaucoup, mais pas les océanographes présents ce lundi à Marseille.

L’anoxie de l’été 2018 avait entraîné avec elle une eutrophisation du milieu, développement accéléré des macro-algues, telles les algues vertes, par des apports trop importants de nutriments.

Par sa citation directe, le GIPREB, assisté de Me Corinne Lepage, entendait engager la responsabilité d’EDF et de sa centrale hydraulique de Saint-Chamas, dont les déversements représentent près de 80% des apports d’eau douce dans l’étang. En effet, à la fin de l’année 2017, puis au printemps et à l’été 2018, l’usine avait procédé à des rejets exceptionnels répondant à des travaux d’entretien des équipements Durance-Verdon ainsi qu’à des enjeux de sécurité publique sur la basse vallée du Rhône.

L’intérêt de ce procès résidait peut-être dans la confrontation de ce que peut observer ou conclure la science et ce que le droit dit ou implique.

Ce qui troublait, c’était l’honnêteté intellectuelle, sûrement scientifique, des témoins cités par le GIPREB. L’un disait franchement que le soleil et l’absence de vent étaient tout aussi responsables de la situation de l’été 2018 que les rejets d’eau douce de la centrale EDF, mais que « personne ne maîtrise les éléments, le seul levier dont on dispose, c’est la limitation des rejets d’eau douce ». L’autre que « la malaïgue aurait de toute façon eu lieu ».

  • Une pollution aggravée par les rejets de la centrale d’EDF

Mais le fait est qu’elle a été aggravée par l’activité de la centrale EDF qui n’a pourtant pas dépassé les seuils qui lui sont réglementairement fixés et que l’eau rejetée n’était après tout que de l’eau de la Durance.

Les tribunaux jugent toujours en fait et en droit, mais n’ont-ils jamais eu à se prononcer sur une pollution à l’eau douce d’un écosystème lagunaire ?

Le délibéré sera rendu le 4 juillet 2022.


Sigolène Vinson. Charlie Hebdo Web. Source (Extraits)


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