Réflexions-Analyses 7

Libre à chacun d’adhérer aux propos… ou pas

Partout en Occident, la Réaction donne l’impression de gagner. Elle a pour elle, les pouvoirs en place, vautrés dans les médias, arqués sur leur patriarcat, grouillant de fric, et de fric qui fait du fric, en spirale, défendant becs et angles leurs prés carrés, ne laissant aucun espace aux minorités, ou plutôt le dévorant et le pilonnant, cet espace, dès qu’il s’ouvre en inversant la charge victimaire, en montrant les crocs, hargne et morgue.

Les Réacs sont bavards, expressifs, Trump-la-mort, Bolsonarratifs, ils osent, ils posent, il s’imposent, ils sont invités, ils ont leurs tables partout dans chaque studio, chaque colonne, ils donnent et en font des tonnes, si bien qu’on les croit encore vainqueurs, encore forts.

En vérité, ils sont juste comme ses molosses, dont l’aboiement rauque masque la défaite en cours. C’est leur baroud d’honneur, d’autant plus violent qu’ils se voient acculés à perdre.

Leurs pratiques et leurs valeurs sont , passées de monde.

Dans celui qui vient, la compétition se dissout sous la coopération, le parasitisme devant la symbiose, le circulaire imprime le linéaire. Les organisations rhizomatiques d’ecousent les hiérarchies. Les patriarches reculent devant les féminismes. Racisme et sexisme deviennent des incongruidités, la forme naissante et la fluidité des genres et des amours.

L’avenir tant au partage, à l’empathie, à l’écoute des différences, à l’intelligence relationnelle, au solidaire sur le solitaire. Le vieux virilisme s’effrite et trahit son fond : manque d’ampleur, de sensibilité fine, de capacité à embrasser le monde et à le recevoir, d’en comprendre le mode vibratoire et les résonances fécondes, une cécité et une surdité massive à tout ce qui n’est pas soi.

Relevons que l’individualisme (au sens chacun : pour soi) ne progresse plus, ce qui débouche sur une hausse globale de la tolérance.

La crise politique actuelle, en Occident, est une crise de nos relations aux autres.

Une anesthésie croissante des modes d’attention et de disponibilité que nous entretenons avec les autres, tous vivants confondus. L’enjeu premier de ce qu’on pourrait baptiser une « politique du vivant » est de réactiver nos capacités à lier – sous toutes leurs formes et de toutes nos forces.

Contrairement à la doxa libérale, ce sont les interdépendances et ce sont ses liens : ce qui nous permettent ce qu’ils tissent entre nous en termes de possibilités fécondes. L’enjeu n’est plus de dominer, de soumettre, de manipuler, d’exploiter et de vaincre. L’enjeu est de remettre la relation au cœur de tout.

Dès qu’on délègue son pouvoir, que ce soit à « ceux qui savent », à un député, un porte-parole, un algorithme au une appli, il ne faut pas s’étonner qu’on perde en puissance. Le premier mouvement pour changer l’époque et de retrouver des terrains d’action. Partir de là où l’on est puissant. Partir de l’immeuble ou de la rue où tu habites. Partir du collège ou tu enseignes ou tu prends tes cours. Partir de l’usine, l’atelier, le commerce qui t’emploie…

Partir de la zone d’expérimentation que tu a bâtis.

Revenir au concret, aux pratiques et galérer en souriant parce que tu ne sais pas fendre une bûche. Là où tu es, c’est là que ça se passe. Nulle part ailleurs. Et si tu es sur les réseaux, en vérité, tu n’es nulle part, tu es juste au point de triangulation à l’intersection des ondes.

On ne changera pas cette société sans apprendre, explorer ni expérimenter.


Article réalisé d’après Alain Damasio. Revue le crieur n° 20 « Immunité partout, humanité nulle part ».


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