Damer le pion

Expression

Contrairement à une idée répandue cette expression ne signifie pas que l’on « prend un pion » à son adversaire, mais que l’on acquiert sur lui un avantage soudain et décisif, au point de lui souffler brusquement une victoire que tout lui laissait prévoir.

C’est le battre « sur le poteau », et cela vient d’une règle particulière du jeu d’échecs : « Lorsqu’il arrive sur une case de la huitième rangée (à partir de son camp), c’est-à-dire à l’extrémité ,d’une colonne, un pion doit se transformer obligatoirement et immédiatement en une figure de son camp, sauf un roi. On dit que le pion  » va à dame « , et, quand il arrive à sa huitième case, qu’il  » dame « . Cette expression tient au fait qu’il y a — sauf exceptions ­toujours intérêt à le transformer en une dame, plutôt qu’en des figures moins puissantes », explique F. Le Lionnais

En effet, cette pièce mineure brusquement anoblie confère un avantage décisif, qui, même si l’adversaire occupait jusque-là une position de force, permet de renverser totalement la situation. Qui parvient à « damer un pion » a toutes les chances de gagner la partie dans les plus brefs délais. D’autant qu’il peut en damer plusieurs : « On connaît quelques rares parties où l’un des joueurs a eu jusqu’à trois dames simultanément. »

L’expression s’emploie aussi par analogie lorsqu’on « va à dame » au jeu bien connu du même nom.

Voltaire jouait aux échecs avec un jésuite qu’il avait invité chez lui, ce qui attira l’inquiétude de son ami d’Alembert : « Je crains — écrivait-il — que le prêtre ne joue quelque mauvais tour au philosophe et ne finisse par lui damer le pion, et peut-être le faire échec et mat. »


Claude Duneton « La puce à l’oreille »


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