Réflexions-Analyses 6

L’impression que nous laisse la période actuelle, et plutôt nébuleuses et atmosphériques. Lourdement plombé, notre siège social se sature de nuages de données qu’on alimente d’une sueur d’acte évaporée, de nos jets d’urine en ligne, laissés comme marquage aux quatre coins du réseau. Il est rayonne en paquets d’ondes, tisse dans la nue moins de liens qu’il n’électrise des attitudes, déclenche des orages brefs et foudroie des réputations.

On pourrait imputer ça au néolibéralisme : son esprit de compétition, ses lois de la jungle, son individualisme forcené, sa société d’entrepreneur qui fabrique, markète, achète et survend un produit unique multiforme : être soi.

On pourrait comme toujours extérioriser l’ennemi, le dédoubler en nous, mettre nos capitalismes tout-puissants à la fois sur piédestal et au pilori. Essayer d’oublier que le capitalisme est cette eau qu’on boit tous, qui irrigue nos cellules, nos lymphes et nos sangs, qu’on transpire, et origine, éjacule ou recrache, qui active nos soifs, les étanches en boucle, qui nous hydrate et qui nous pollue.

Reconnaissons qu’au capitalisme, nous imputons à peu près tout, de la terraformation déplorable de la planète aux auto-aliénations les plus consenties, en passant par une production absolument scandaleuse inégalités qui aurait dû le suicider depuis longtemps. Peu discutable est tout cela sauf que le capitalisme reste un mot, une abstraction, un sac pratique ou jeter tout ce qui merde.

Ce qu’il nous faudrait approcher, c’est pourquoi nous en sommes tous des acteurs aussi zélés, des relais aussi efficaces et quotidiens, des passeuses et des passifs d’une complaisance si putassière.

La révolution consiste moins à détruire le capitalisme qu’à arrêter de la fabriquer, jour après jour. A cessé de le nourrir avec nos désirs pour ensuite le déféquer avec un certain plaisir. Ce qui signifie investir nos désirs ailleurs, vers autre chose qu’accumuler et consommer.

Ce qui exige de trouver un horizon de désir plus puissant et plus enthousiasmant à terme.


Article réalisé d’après Alain Damasio. Revue le crieur n° 20 « Immunité partout, humanité nulle part ».