Un tournant historique ! »…Rien de moins.

Ou le traquenard fantastique de Mr Je…

La France insoumise – pardon, la Nouvelle Union populaire écologique et sociale, et peut-être plus encore… – s’emballe un brin. Elle aime à voir dans le rassemblement pour les législatives des principales composantes de la gauche derrière la bannière mélenchoniste le vent de l’Histoire. Le mot est un peu grand pour le faire souffler sur une union des gauches retrouvée qui ne repose, pour l’heure, que sur un accord électoral contraint, plus proche du petit commerce que de la grande Histoire.

Il n’en reste pas moins que l’Insoumis Mélenchon, fort de sa troisième place et d’un vote « utile » n’émanant pas que de mélenchonistes d’adhésion, a bien réussi son coup pour soumettre ses partenaires. Pour faire plier les Verts, le PC ou le PS, qui le honnissaient encore la semaine dernière, il les a coincés dans une alternative qu’il a lui-même, au second tour de la présidentielle, dénoncée, et dont, au « troisième », il entend profiter.

Celle du choix entre « la peste et le choléra », qu’il impose à ses nouveaux alliés : soit ils acceptent son programme et risquent d’y perdre le leur et leur âme, soit ils refusent et perdent leur circonscription en laissant « passer le train de l’Histoire ».

Encore l’Histoire !

C’est ainsi que l’europhile Europe Ecologie-Les Verts va avoir du mal à garder l’Europe dans son logo après s’être rangé, entre autres, derrière l’europhobe « désobéissance » aux traités européens, jugée « indispensable » et prônée par Mélenchon. Une désobéissance qui, même s’il ne s’agit plus du « plan B » dont le même Mélenchon parlait pour sortir de l’Union, est un arrangement avec les règles européennes qui va totalement à l’encontre du programme de Jadot sur la question.

Le sujet est également très urticant au PS, à l’ADN pro-européen. Et à l’intérieur duquel, du haut du 1,75 % du parti, les négociations avec les Insoumis font craindre « l’effacement » ou « la soumission » qu’un tel score impose, et exacerbent encore les tensions.

Au-delà de Hollande, traité de « has been » par Mélenchon, nombreux sont ceux qui voient cette alliance forcée comme une « disparition » programmée ou accusent Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, de « brader toute l’histoire socialiste pour 20 circonscriptions ». L’accord est « historique », mais électoral, surtout, et le poids de l’Histoire dans ce genre de configuration passe après le nombre de circonscriptions.

C’est ainsi que nombre de sujets qui fâchent, comme le nucléaire ou la guerre en Ukraine, ont été poussés sous le tapis. « On va travailler nos convergences », disent les Verts. « On va mettre de côté les fâcheries », dit Roussel, pour le PC. «On ne va pas tout régler en quelques heures, alors qu’on ne s’est pas parlé depuis dix ans », dit le négociateur du PS. En clair, on rte va pas se fâcher avant le scrutin. C’est après que cela risque de se compliquer. Surtout dans l’hypothèse où il s’agirait de gouverner.

Mais Mélenchon n’est pas inquiet, il est Premier ministre. Pendant que Macron tarde à nommer sa perle rare à Matignon, il s’assoit dans le fauteuil comme s’il occupait déjà la fonction.

  • En oubliant que Macron se réjouit que ce genre de numéro fasse peur aux électeurs de la gauche modérée et les pousse à choisir son camp.
  • En oubliant que, même si Le Pen est occupée à piétiner Zemmour, elle n’entend pas non plus, à ces législatives, passer son tour.
  • En oubliant, surtout, qu’un « tournant », fût-il «historique », n’est pas la victoire et que la remporter est une autre histoire.

Éditorial d’Erik Emptaz. Le Canard enchaîné. 04/05/2022


4 réflexions sur “Un tournant historique ! »…Rien de moins.

  1. bernarddominik 05/05/2022 / 08:47

    Le vieux socialiste nationaliste et adversaire de Maastricht Chevènement à clairement choisi le parti de Macron reniant tous ses engagements passés et rejoignant ainsi les éléphants du parti et leurs rêves de prébendes que ne manquera pas de leur distribuer Macron. La gauche se restructure autour d’un pôle plus radical, mais qui, s’il arrive un jour au pouvoir, devra passer sous les fourches caudines des banquiers s’il ne veut pas courrir à la banqueroute, comme Miterrand qui dut dévaluer 3 fois en 3 ans. Avec l’euro la sanction sera plus dure la dévaluation étant exclue et la fuite des capitaux plus difficile à contrôler.

  2. jjbadeigtsorangefr 05/05/2022 / 10:20

    On n’a pas besoin d’être d’accord sur tout pour gouverner mais si l’on considère que les problèmes du pouvoir d’achat, de la retraite, de la répartition des richesses créées, de la santé, de la sécurité …….sont essentiels alors il faut prendre le pouvoir pour tenir les manettes et les régler. Le seul moyen est effectivement d’envoyer un maximum de représentants de cette coalition au parlement. Diviser pour régner, on n’a pas fini d’entendre les arguties pour que la loi du fric reste au pouvoir et fasse les riches encore plus riches pour que les travailleurs aillent jusqu’à 65 ans, pour que …………… ce que nous ne voulons plus continue.

  3. Jean Claude Divet 05/05/2022 / 17:55

    Michel, ce n’est que le retour du bâton. Rappelons nous quand même que le PS par l’intermédiaire de Mitterrand a réussi à anéantir le PC. A cette époque, il avait parlé du vote utile. Tu te souviens. Alors au moins un million qui votaient communistes avaient voté Mitterrand. Alors maintenant c’est à leur tour. Non ?

  4. Libres jugements 06/05/2022 / 12:05

    Il fut une longue période de ma vie où je partageais les analyses–réflexions d’un parti politique et très investi, je faisais partie de l’encadrement au niveau départemental.
    J’ai été amené lors de plusieurs élections, locales, Départementales, Régionales, Européennes, a participé aux négociations pour l’investiture de celle /celui qui devait être (déjà à l’époque) un candidat unique de la gauche représentant le DvG, PCF, PS, LO, NPA et les PdG « mélenchonistes ».

    Dans ce même cadre, j’ai été amené à suivre quelques meetings de Jean-Luc Mélenchon.
    Lorsque l’on est dans une position intermédiaire à la fois pleinement dedans, avec des arguments/positions de programmes à défendre en se positionnant comme un adhérent de « parti », et hors, en citoyen lambda votant; vous êtes écartelé, outré, parfois déphasé devant la posture autant de Jean-Luc Mélenchon extériorisant le JE, méprisant celles ou ceux ayant accepté de rejoindre son mouvement.

    Quant à l’équipe (je ne puis parler que de celle que je connais/connaissais au niveau départemental) qui l’entoure, je n’ai rencontré que des arrivistes, des va-t-en-guerre, des révolutionnaires de ruisseau, souvent des ex du PG, PCF, PS, quelques anars – soient exclus de part ces partis politiques, soient déçu-e-s par non reconnaissance affirmaient-ils/elles de leurs engagements ou capacités, voire croyant sincèrement à la possibilité que le programme apporterait un renouveau dans la société -.
    Pour ma part et bien évidemment cela n’engage que moi, je ne crois absolument pas à cette gauche actuelle de 2022 constituée pour les législatives autour « DU » Jean-Luc.
    Je comprends largement celles et ceux adhérent-e-s actuel-l-e-s ou anciens de partis politiques qui au premier tour sont restés fidèles et votés selon leurs convictions, leurs engagements, pour le programme présenté par leur candidat… lesquel-l-e-s candidat-e-s aujourd’hui appellent à ce réunir autour de cet hologramme.

    Comment ces femmes, ces hommes votant selon leurs convictions au premier tour peuvent accepter de voir raboter les programmes des uns comme des autres au profit de celui qui prétend incarner à lui seul « la gauche » sur une conception sociale au demeurant proche de la Macronie actuelle.
    Jean-Luc Mélenchon n’est autre que celui qu’il a toujours été, un opportuniste, un social-démocrate.
    Je l’avoue sincèrement, je suis extrêmement désabusé devant la tournure de la société actuelle se laissant menerà l’abattoir comme des moutons.

    Celles ou ceux qui liront ce texte comprendront aisément qu’au moins pour un temps, court-long, je ne sais aujourd’hui, je prenne du recul au moins sur le plan politique avec ce blog. Même s’il est vrai qu’« il n’y a que les combats menés que l’on gagne ». J’en ai assez de me battre tel Don Quichotte.

    Merci à tous, les lectrices, lecteurs.
    Cordialement
    Michel

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