Réflexions – Analyses 5

§ 5 L’État s’entendant exemplaire réclame l’Immunité !

Immunités : un mot talisman, entendu et répété partout.

Immunités ? « Propriété que possède un organisme de réagir à certains de la substance qu’il reconnaît comme étrangère ».

Dans la pensée de la gauche, le mot à une étymologie prestigieuse. Il vient en effet du latin « munus » – charges, fonctions, don et service rendu – remontant à une racine indo-européenne « mei » – changer, échanger qui a donné aussi « meit » – muer, muter, permuter, mutuel… –

la racine « munus » est commune aux mots… « commun » – qui appartient à tous, à plusieurs, et ordinaire –.

Que retirer de ce lacis de sens ?

À la racine pousse cette extraordinaire « mei » – qui nous déplace, change, échanges, permutent, comme si la langue avec capter et réticulé dans ce radical toute la puissance de la relation qui rend autres ce qu’elle relie. Avec son préfixe d’attachement (comme –), elle pose la communauté. Avec le privatif (im –), elle l’exclut.

Robert Esposito a produit une analyse des rapports entre immunité et communauté laquelle est ressortie avec pertinence lors de la crise sanitaire.

« Les individus modernes deviennent […] parfaitement in–individus, individus « absolus », délimité par une ligne frontière qui à la fois les isole et les protège – seulement s’ils se sont préalablement libérés de la « dette » qui les lie les uns aux autres, s’ils sont exemptés, honorés, dispensés de ce contact qui menace leur identité en les exposant à un possible conflit avec leurs voisins, en les exposant à la contagion de la relation ».

La fin de la phrase est une foudre : ce qui est contagieux, dans nos régimes néolibéraux qui sacralisent l’individu roi, n’est ni plus ni moins que le cœur de ce qui nous rend vivant : la relation.

À travers son cabinet d’ingénierie sociale, auquel se résument désormais le rôle de nos états, la modernité néolibérale a fait de l’immunité un principe de gestion. Elle porte l’illusion d’un corps protégé, à l’abri de sa conforteresse, jouissant d’une indépendance farouche et de son isolement radical, qu’on exonère de toute obligation – et même de toute générosité envers la société, si l’on va au fond des choses.

L’État libéral immobilise la communauté cadré il perçoit cette dette des relations sociales, pourtant indispensables au vivre ensemble, comme l’ennemi de l’accomplissement individuel, une chaîne acier à tout prix pour atteindre enfin la liberté « totale ». La relation réciproque le don et le contre don, que des aliénations – les à lien nous envahissent ! Ces contraintes, nous étrangement. Elle est le mal suprême.


Alain Damasio. Revue le crieur n° 20. Titre de l’article « Immunité partout, humanité nulle part ! » (Extraits)


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